Tom Vek @ La Flèche d’Or

9 août 2011

En 1954, nous étions à l’apogée de notre art. Nous étions, hommes et femmes, obsédés par cette pratique réputée pour son élégance accessoire et ses vertus apaisantes. Le monde nous appartenait. Lorsque nous croisions un novice alors que nous déambulions entre les tables d’un restaurant, nous dégainions notre petit boîtier en métal orné afin de les rallier à notre cause, tels des scientologues à l’aube de la clôture de l’année comptable. On nous sollicitait pour apparaître au cinéma, sur les plateaux de télévisions, dans les publicités et en 4×3 sur les panneaux qui longent les autoroutes. Puis, au fil des décennies, nous avons tragiquement perdu des nôtres et nous nous sommes affaiblis. Le souffle déjà court, on nous a achevés comme on tire sur l’ambulance. Nous sommes devenus les parias de la société, on nous a chassé des cinémas, de part et d’autre de l’écran, on nous a banni à la télévision, dans les bars et plus récemment dans les parcs de New York City. Nous sommes fumeurs et nous sommes une espèce en voie de disparition. Alors que nos libertés rétrécissent comme un petit débardeur Zara en lycra dans une machine à 60 degrés, il est impossible de passer à côté de la subversive vidéo du nouveau single de Tom Vek, « Aroused ». Dans la forme, l’objet s’apparente à une très belle publicité pour The Gap. De jeunes gens séduisants et frais se succèdent en noir et blanc. Ils sont heureux, ils dansent. Soudain apparaît un accessoire dérangeant qu’on n’a plus l’habitude de voir à l’écran : un stick blanc d’une dizaine de centimètres de longueur. Mon Dieu, mais c’est une cigarette !

Tom Vek serait-il le sauveur de la liberté de fumer ? Pas exactement. « It’s very important to me that this video isn’t connected literally with any personal agenda or stand-point on the subject matter. I think the video has a balance whereby the abstraction and playfulness applied to it purely for a visual outcome doesn’t glorify or advertise anything, I think it represents the confusion of over importance on a crutch or accessory » explique-t-il. Tom est originaire de Londres, ce n’est pas très habituel. Il grandit dans la banlieue sud-ouest. Il traîne un peu du côté de Kingston-Upon-Tames qu’il qualifie de « shopping megapolis » lorsqu’il est adolescent. La semaine, il enfile son uniforme de parfait petit lycéen britannique, va à ses cours de chimie, de biologie, de littérature, va au pub (qui en Angleterre ne va pas au pub ?), sort dans les clubs du centre le week-end. Ce qu’il préfère, c’est son cours d’art. Le professeur est jeune, passionné et passionnant. Il guide Tom Vek vers le chemin du graphisme à la Central Saint Martins : « I became a cool art school kid and the rest is history ». L’Histoire en question débute à la sortie de son premier album en 2005, « We Have Sound ». Elle se poursuit six ans plus tard avec l’épileptique « Leisure Seizure » dont le titre résume assez bien la personnalité de son auteur : toujours un coup d’avance sur les autres, Tom le petit malin aime le bon mot et sens aiguisé. Dans la lignée de son premier disque, « Leisure Seizure » exploite le genre que Tom Vek s’est inventé, le « Beat Rock », une forme de Rock rythmique et saccadé dont les vocaux sont toujours sur le fil de la justesse. « Lyrically it’s quite stream-of-consciousness and I admire than in the beat-poet sensibility. Other than that I think it is mischievously bratty and ultimately smart-punk, smart-ass-punk ».

Fidèle au désuet adage « il faut battre le fer tant qu’il est encore chand » (il est intéressant de noter par ailleurs que les chaudronniers sont parmi les artisans les plus courtisés car de plus en plus rares de nos jours), l’industrie du disque actuelle exige une suite illico lorsqu’un succès est aussi évident que celui de « We Have Sound ». On ne peut que s’étonner de la disparition quasi-suspecte de Tom Vek entre 2005 et 2011. Certains tablent sur la facilité et parlent d’un enlèvement extra-terrestre, d’autres imaginent le plus bratty de tous les binoclards aspiré par une brèche spatio-temporelle. Afin de rassurer les troupes, Tom Vek propose une explication tout à son avantage en plus d’être sacrement plus réaliste : « I shacked up with Mischa Barton after my appearance on The O.C. in 2006 which was fun at first but then her sexual demands became too much. I tried to escape in 2009 but made it as far as Jaguar Shoes before she dragged me back to the flat. She taught me about classical literature and how to differentiate grapes such as French and Argentine Malbec, we would play chess a lot, and developed a quite strong ability to dream lucidly, in fact it was during one particularly strong lucid dream session that I managed to escape after an Andy Warhol print fell on my head and woke me up. There I was with Marylin’s face touching mine, and I swear she said to me « Go! » so I ran out the door and up the road into an abandoned hospital building where I set up a small studio and made my album in like two weeks ».

Le site de Tom Vek

La vidéo de « Aroused »

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