Smith Westerns @ La Flèche d’Or

24 mai 2011

Alors que la Silicon Valley reprend son souffle suite au non-événement du bogue de l’An 2000, la jeunesse de la Baie de San Francisco est en ébullition : l’Etat de Californie s’apprête à faire voter une loi des plus controversées.  La proposition 21 suggère de traîner devant les tribunaux les délinquants âgés de plus de quatorze ans et de les incarcérer dès leurs seize ans. Les soulèvements de la jeunesse n’ont rien d’inédit et pourtant celui-ci eut l’honnête de mettre cartes sur table quant à sa philosophie : « Ain’t no power like the power of the youth, ‘cause the power of the youth don’t stop ». Si vous avez déjà été le cadet d’un groupe de personnes, vous le savez : la jeunesse est la plus puissante de toutes les armes.  Il n’est donc pas étonnant que passé un certain âge psychologiquement butoir, chaque individu se lance dans un grand combat pour repousser la date de péremption. Depuis la Bible et la fontaine de jouvence du jardin d’Eden jusqu’à « Melrose Place » et le mystère éternellement cultivé sur l’âge d’Amanda Woodward, la jeunesse apparaît comme le Saint Graal de ceux pour qui elle est révolue. Certains petits malins proposent des mirages : les traitements anti-âge, d’autres parviennent à un compromis : la navrante adulescence. En réalité, il n’existe qu’une recette : il fallait profiter de sa jeunesse pour accepter de vieillir.

« There’s a certain, maybe not power, but wiliness to do things you wanna do. You try more stuff. You’re more optimistic the more youthful you are. You have no experience of being turned down ». Alors qu’aucun des membres de Smith Westerns n’a passé le cap décisif des vingt balais, il leur est donc assez évident de reconnaître la force jeune. Ils prouvent avec une facilité embarrassante que le lieu commun selon lequel un jeune n’est pas pris au sérieux par son manque d’expérience n’est qu’une sombre couverture de la discrimination anti-jeune qui sévit de nos jours. On les envie donc on ne leur facilite pas la tâche, fair enough ! Avec un premier EP très cracra sorti chez HoZac Records, les Smith Westerns reviennent de très loin. Si l’on veut les défendre, on se dit qu’ils avaient à peine dix-sept lorsqu’ils enregistrèrent sur un vieux quatre piste et un ordinateur cette douloureuse succession de morve et de saturation : ils n’avaient pas encore l’assurance de montrer leur bout de leur nez. L’explication qu’ils fournissent est bien plus pragmatique et prouve que décidément, les jeunes n’ont peur de rien, pas même de faire fuir à jamais la poignée de curieux qui se penchèrent sur leur cas : « It was really more for us to see if we could make a record. We were not exactly hiding behind that wall of noise. It’s the way we recorded it : making it sound good was not an option, we had no equipment ».

Fort heureusement pour tout le monde, ils n’ont pas fait fuir les Tom Sawyer de Fat Possum qui les signent pour un second disque. « Dye It Blonde » emmène Smith Westerns exactement la où les mauvaises langues ne les attendaient pas : trente-quatre minutes fluides et clémentes simplement contrecarrées par les voltiges d’une guitare fuzz. La rythmique efficace laisse parfois place à un glam contemplatif, la rage de leurs débuts s’est mutée en une forme de sagesse un peu déglinguée, Smith Westerns apprend à se balader à travers une pop tantôt insouciante tantôt acérée. Clin d’œil avoué à Bob Dylan dont ils partagent par ailleurs la charmante antipathie, « Dye It Blonde » rempli sont objectif fédérateur : « It’s meant to be relatable to anyone ». Et puis, contrairement à Laurie, ils n’encensent pas le week-end et c’est vraiment rafraîchissant pour des adolescents. Outre un mutisme assez gênant, Smith Westerns présentent bien d’autres bizarreries comme les jeunes gens de leur âge. Avec leurs dégaines tout droit sorties de « The Doom Generation », ils cultivent leur étrangeté un peu chaque jour avec le concours de leurs amis et mentors de Girls : « We stayed in their apartment while they were on tour in Europe. Knowing them has helped up better ourself as musicians. Because before we never had a band that we personnally and musically liked ».

Le Myspace de Smith Westerns

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