Gang of Four @ Le Trabendo

19 avril 2011

Certains développent une paranoïa aiguë envers un patron sadique, des voisins volontairement bruyants, des artisans mal intentionnés ou un conjoint brimant. Ma vigilance (légèrement démesurée) se porte à l’encontre des baby-boomers. Ceci étant dit, veuillez donc accepter ce texte avec toutes les précautions de rigueur lorsque l’on est confronté à un interlocuteur délirant. Nés entre 1946 et 1962, les baby-boomers sont avant tout très nombreux. Certains ont peur des chinois pour les mêmes raisons.  Ils sont la première génération a véritablement s’affranchir de leurs parents et ont connu la plus extrême des évolutions technologiques.   Surtout, ils nous ont défriché le terrain de la liberté, des droits sociaux, de la science, de la création. On entend souvent dire que les gens veulent un monde meilleur pour leur descendance. Encore faudrait-il savoir où s’arrêter. Notre monde est sûrement plus doux que le leur au même âge mais qu’en est-il de notre raison d’être ? Non content de nous avoir sucré notre marge de manœuvre, ils semblent infatigables. Papy rockers ou dircom sexagénaires, impossible de les mettre à la retraite. « I’m older than someone born in the 80s. But also, I have a view of History and a wide range of cultural references » constate Andy Gill, membre fondateur du révolutionnaire Gang of Four qui visiblement flaire ma faiblesse et tape dans le mille. Je ravale ma fierté et décide de ne pas tomber dans les coups bas, bien qu’entre nous, ce qui caractérise un baby-boomer en 2011, c’est sa presbytie et figurez-vous qu’Andy écrit en police 18.

Inutile de revenir sur les grandes heures du Gang of Four, leur impact sur la noise des 90s et sur le rock des 00s est incontestable. La vraie intelligence du groupe de Leeds, c’est ne pas avoir sombré dans le nihilisme vulgaire, ils ont un message et pourtant ils n’ont pas besoin de singer les portes drapeaux de la jeunesse rebelle à l’image de New York Dolls grossièrement relookés en Lady-Boy maoïstes sous cortisone. Les années 80 sonnent le glas du Gang of Four. Le groupe tente une reformation quelques années plus tard mais c’est véritablement en 2004 que les quatre membres d’origine célèbrent leur retour avec une tournée en Angleterre. Quelques albums décevants plus tard, ils reviennent en janvier dernier avec un objet étonnant, titré « Content ». « Bands usually hand over the artwork to other people  but for us, it’s an intrinsic part of what we’re communicating. The record is called ‘Content,’ in recognition of the way every creative form has been reduced to just that: content, the obligatory filling for the advertising sandwich ». Le concept en effet, constitue un joli effort d’aboutissement. Le fond et la forme, la musique et son support, le contenu et le contenant s’alimentent et logiquement se desservent selon le principe des vases communicants. Pour autant, si la pochette avait été sublime, aurait-on pour autant excusé la médiocrité du disque ? Andy Gill ne semble pourtant réaliser la déception que crée ce nouvel album : « We played in San Francisco many times, but our two best performances ever where there. The first one, in 1979, with the Buzzcocks at the Geary Temple. And then in March this year at the Fillmore.  I think this last was the best gig we have ever played, totally precise, tight grooves, tighter than ever. With that framework, you can do anything ». Andy Gill force le respect, visiblement les intentions du Gang of Four des 10s sont pures, à l’opposé des réunions d’anciens combattants du rock à des fins mercantiles.

« Content » est symptomatique de l’appétit des baby-boomers, plutôt que de faire bénéficier les jeunes de son expérience, il s’évertue à faire semblant d’en être un. Pour contrecarrer la tristesse et la colère que suscite ce disque, un seul remède, à la fois ironie du sort et preuve incontestable du talent visionnaire de Gang of Four : écouter en boucle et pendant quarante minutes « Damaged Good ». Si vous êtes nés dans les années 80, payez-vous un retour dans la maison parentale, et observez les maîtres des lieux. Ce sont eux, les vilains baby-boomers qui vous ont donné vie simplement pour vous priver d’en profiter. Souvent, on se dit qu’on n’a rien à voir avec la génération de ses parents. En discutant avec Andy, guitariste distortionniste et baby-boomer de son état, je réalise que nous partageons finalement pleins de trucs. Nous avons aimé les huîtres dès un âge précoce, apprécions the XX et faisons preuve d’une véritable aversion pour le violet. Monsieur Gill se passionna comme moi pour les tribus des Indiens d’Amérique. Elles l’inspireront d’ailleurs à bien des égards : « I knew everything about the history and the anthropology. They were for me, as they have been for many Europeans and Euro-Americans, symbols of freedom. A stance against the rigid and boring society it sometimes seems pertains in the west ». En revanche et à mon grand regret, nous nous ne réussirons pas à nous accorder sur le bien fondé d’un vêtement en velours ou en curduroy. Le choc des générations, j’imagine.

Le Myspace de Gang of Four

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