Timber Timbre @ La Maroquinerie
12 avril 2011

Contrairement au super héros traditionnel, Monsieur Propre n’a pas d’alter-ego humain. Champion de la propreté à la ville comme à la scène, il présente toutefois les caractéristiques qu’arborent ses collègues Iron Man ou La Femme Invisible. Comme tous les super héros, son costume (un tee-shirt blanc et un anneau doré à l’oreille gauche) est sa signature. Il combat toujours les mêmes antagonistes : la poussière, les acariens, les tâches graisseuses. Icône incontournable de la société de consommation, ses superpouvoirs sont le fruit de l’imagination d’une bande de Ad Men en 1958, son action n’en est pas pour le moins réelle. Défenseur des causes propres, celui qui décline les alias internationaux plus vite qu’un agent du KGB en pleine guerre froide est le super héros des ménagères. Un mardi de février, je me réveille avec l’humeur de Jean-Pierre Bacri un jour de grève de la RATP. L’affreuse Ke$ha est encore venue hanter mes nuits. L’idée me vient comme chaque jour de cette semaine-là d’écouter Timber Timbre et la magie opère. Le métronomique tik tok qui envahissait mes pensées a disparu pour laisser place à un apaisement certes trompeur, ponctué de quelques riffs de guitare et d’une mélodie sobre mais pourtant si puissante. Même crâne rasé, même sens de l’efficacité : si Timber Timbre est peut-être l’alter ego de Monsieur Propre, il est assurément le super héros de la musique.
Taylor Kirk, le pivot central de Timber Timbre est timide et cela explique beaucoup de choses. Il est originaire d’Oshawa, le Detroit Canadien, centre névralgique de l’industrie automobile nationale situé au bord du Lac Ontario. Taylor grandit dans un environnement rural, abrupt, entouré de terres laborieuses et d’éléments extrêmes. À quinze ans, il abandonne la rudesse de la campagne canadienne pour Otawa et commence des études d’arts. Il reçoit une guitare acoustique pour son anniversaire dont il apprend les cordes dans le sous-sol d’un église avec un prof qui lui fait jouer du Led Zeppelin six pieds sous la nef centrale. Il commence à écrire, enregistre en cachette des balades instrumentales sur un vieux quatre pistes. « I played in many bands, drums, keyboard, pretty much everything except singwritting. I was extremely shy. I was secretly writting songs and recording them. I started sharing them with a few people there and there ». Cette ouverture aux autres puis ses premiers pas sur de petites scènes locales lui permettent d’entamer une sorte de thérapie cathartique sur sa timidité. « It still feels very unatural for me to go on stage or to talk about myself. I rather have no identity attached to my work » nous confie-t-il dans un murmure. C’est alors qu’au fil du temps, Taylor hisse une sorte de mur de Berlin entre sa personne et le monde extérieur.
Au contraire de ces groupes qui se cachent pour stimuler la curiosité, Taylor crée un mystère indispensable à sa survie. Son écriture mute, devient plus figurée et lorsque l’on se penche sur ses vers, la musique de Timber Timbre n’a plus rien de rassurant : « I used to be so litteral in my songwritting. It took me a long time to be more esoteric ». Elle s’écoute au volant de sa voiture, en pleine traversée d’un désert, à mi-chemin entre une ville fantôme et un campement de druides en pleine cérémonie d’intronisation occulte. La seconde phase de la thérapie est plus récente. Taylor Kirk s’entoure de musiciens, Mika Posen, la violoniste elle aussi originaire d’Ontario et Simon Trottier, le guitariste québécois francophone. Timber Timbre n’est plus un projet solo, un alias pour protéger son identité du monde mais un groupe. Avec ces renforts, la magie de Timber Timbre opère dans une nouvelle dimension. Si « Creep On, Creepin’ On » ôte quelque peu à l’auditeur le loisir du voyeurisme, ce nouveau disque cultive une plus belle ambivalence de la musique de Timber Timbre sans en perdre son approche cinématographique. « I went to Art School to study film direction. I soon realized that I wanted to make films so that I could make the soundtrack ». Taylor Kirk ne perd pas de vue son objectif initial. Un jour, il habillera les scènes d’amour d’un film en plus des bribes de notre quotidien.
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