Hercules & Love Affair @ La Machine
29 mars 2011

Dans les années 70 en plein boom du New Age, apparaît le concept des enfants bleus, un terme particulièrement précurseur pour définir la plaie de la Génération Y : l’hyperactivité et ses dérivés. Comme pour beaucoup de syndromes, des allergies à Hodgkin, l’interrogation est toujours la même : sont-ils récents ou simplement n’avaient jamais été identifiés auparavant ? L’enfant bleu se distingue aujourd’hui par sa toute confiance en soi, son sentiment d’appartenance à une l’élite, la certitude que tout lui est dû, la difficulté à s’adapter au système et à supporter l’autorité. Pourtant à ses débuts, le concept de l’enfant bleu ou enfant indigo tenait plutôt du délire sectaire que de la théorie pédo-psychiatrique. Ils seraient venus sur terre en petit nombre dès les années 60 afin de faire une sorte d’audit de la planète. Visiblement satisfaits du résultat, ils ont débarqués en grand nombre a partir de 1978. D’après les recherches de l’UNADFI : “La mission des enfants indigo serait de guider l’humanité. Ils doivent donc être élevés dans l’idée qu’ils sont supérieurs et qu ils ont une mission à accomplir”. N’étant pas portée dans le mystique, j’en conclus rationnellement que les enfants bleus sont des aliens, j’y pense et puis j’oublie. Jusqu’à la sortie du second disque de Hercules & Love Affair : “Blue Songs”. Des chansons aliens ? En quelque sorte. Alors que la tendance est à la Witch House, ces rejetons des Cocteau Twin qui filent sérieusement le bourdon, il faut vraiment venir d’une autre planète pour distiller sur onze pistes une Disco flamboyante à rendre heureux un gothique orphelin. Les enfants indigo ne nous ont pas sauvés mais peut-être préparaient-ils l’arrivée des chansons bleues ?
Hercules & Love Affair c’est avant tout l’histoire d’un mec qui, comme tout jeune Américain, s’est endetté pour aller à la fac et a décidé de joindre l’utile à l’agréable : “I’ve applied every aspect that I’ve studied in University in Hercules & Love Affair. I studied Art History of the 70s and 80s, Greek Representation in Renaissance Art, Feminist Anthropology and Gender studies, Music History, composition, Modern Dance and Ballet. All of this, I use in my job. Maybe I don’t have the same training as a doctor but I made it work”. Académique jusqu’au bout des ongles et curieux comme une petite fouine, Andy Butler aime les rapports d’études. Il nous apprend consécutivement que les patients se rendant en analyse à raison de trois séances par semaine ont 60 % de plus de chance d’une guérison rapide, que les bodybuilders dans les magazines mettent de la pommade anti-hémorroïdes sur leurs muscles pour les faire briller, que la fellation peut causer le cancer de la gorge*. La société moderne brasse tant d’informations et pourtant si peu d’histoires. “It’s very convenient for us to forget”. Afin de remplir son devoir de mémoire, Andy s’attelle actuellement à la rédaction de la biographie d’une chanteuse de Death Metal des années 80 dont il arbore les titres de chansons aux poignets. Visionnaire de la crise identitaire des femmes au Moyen-Orient et de la dépendance de l’Homme aux fluctuations du cour du pétrole, elle mourut à trente-six ans d’une cirrhose du foie. “I need to track down every single person that can help me revitalize her story. She is worse analysis and research”.
De la House Disco de Hercules & Love Affair au Trash Metal, il n’y a visiblement qu’un pas pour Andy Butler. Il faut dire que la d’où il vient, l’éclectisme bien qu’involontaire règne. La famille Butler c’est un peu le casting de “Glee” à elle seule. Originaire du Colorado, le clan Butler est avant tout branché sports. Avec un père vétéran du circuit semi-professionnel de football américain et un frère ainé champion de lutte, bodybuilder et haltérophile, la version adolescente d’Andy suit le mouvement : rugby, foot, soccer, baseball, basket-ball, natation, golf, tennis… “I hated it except when it was a real tem thing, I got into the idea of us being a team but the rest was really for my father. He didn’t want me to become a gay musician. He’s changed a lot thought. Because I also have a gay younger brother and he is in a Death Metal band”. Le schéma de la famille fantasque, celle de tous les extrêmes, c’est le concept qu’Andy Butler tente de recréer sur scène. Entouré de Aérea Negrot la vénézuélienne à la voix androgyne échappée de bpitch, de Kim Ann Foxman la gracieuse et inépuisable party monster new-yorkaise et de Shaun Wright, Hercules & Love Affaire ravive les cendres d’un studio 54 contemporain. Andy Butler éternel joueur en équipe partage tout et avec tous, y compris avec nous : “In ten years, there’s a good chance I’ll have a little money. So email me and the three of us, we’ll take a cruise around the world, stay in five stars hotels, and I’ll buy you Balenciaga dresses in Miami”.
* Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l’individu.
** Nous découvrons par la suite la source de cette information : Brain Magazine
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