Ange Allui (1989-2008)
1 novembre 2010

L’automne 2008 était vraiment une période minable pour nous. Ce qui est drôle avec du recul, c’est que je ne me souviens même plus pourquoi. Comme quoi, on peut toujours faire pire! On s’était dit que ça tombait vraiment bien d’aller à Reims pour le week-end d’Halloween, comme ça, pendant la nuit du 31 octobre, on boirait plein de champagne et on laisserait toute cette négativité là-bas, pour revenir purifiées chez nous.
Ces problèmes de seconde zone, on les a bel et bien laissés à Reims, parce que de vrais drames nous attendaient à Paris. C’était il y a un an et aucun d’entre nous ne s’en remettra réellement.
« Ange n’était pas un très bon stagiaire. Mais c’était un excellent ami. Il était lumineux. Comme une comète, il avait la rare qualité de faire entrer dans sa lumière chaque personne qui l’approchait. Un peu comme beaucoup de personnes d’exception qui souvent, c’est étrange partent trop tôt, on se sentait important en lui parlant. Parce qu’il avait le talent de souligner le meilleur de chacun. Il croyait en chacun et nous a soutenu dès le début. Même si notre projet n’était pas plus révolutionnaire qu’un autre, il nous a laisse entendre qu’il l’était. Parce qu’il savait encourager les gens qui l’entouraient.
Ange est entré dans nos vies un 23 novembre. Nous nous sommes apprivoisés, chacun de notre coté, chacun de notre oeil critique pendant quelques mois. Puis nous sommes devenus amis. Et collègues pendant quelques semaines. Collocs mêmes de temps en temps. Nos derniers moments étaient parfaits. Autour d’une bouteille d’Oasis orange un samedi matin. Je me casse le cul à faire des œufs brouillés au saumon avec du hash brown et qu’est ce qu’il achète pour accompagner ma cuisine euh raffinée ? De l’Oasis orange. Non, pas un super Minute Maid avec extra-pulpe. Ni même un Smoothie fraises & bananes. Un Oasis orange. Même que ce jour-la, il m’a soutenu qu’Arno était un looser. Et ça m’a vraiment foutu en rogne. Mais on s’est quitté en se marrant. Parce que la vie était drôle tout de même. Ange allait baigner dans la boue avec une bande de punks à chien et bouffer des merguez-frites à la grand-messe politico musicale.
Il voulait que je lui écrive un texte pour compléter sa section « About me ». Je n’ai jamais su quoi dire parce que la personne que nous sommes varie d’un œil à l’autre. Il était un ami, un amour, un fils, un frère. Il était là et je n’arrive pas à croire qu’il soit parti. Il ne peut pas l’être, quelles que soient nos croyances. Il est là en chacun de nous. L’important, c’est de ne pas s’en tenir aux faits. Simplement garder le meilleur de lui en soi. À chacun son Ange. Pour moi ce sera mon ami qui se ramène avec de l’Oasis orange à mon méga-brunch.
Je crois qu’aucun d’entre nous n’arrivera à se souvenir de la vie avant, quand Ange n’était pas parti. Pour s’aider, il faut continuer à faire vivre un projet qu’il menait avec ses amis et qui lui tenait à cœur, Perfect Endless Tragic. Je n’ai écoute « Some ink to spit » que deux fois, un mercredi de mars où ils m’avaient forcé à boire beaucoup de vin et en etour je les avais contraints à regarder la Nouvelle Star, et puis mardi dernier. Depuis il ne quitte plus mon esprit. Il ne doit plus nous quitter. »
Publié en novembre 2008.




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