Poni Hoax

16 août 2010

Dans une lettre adressée récemment à Annie Leibovitz, Ana a écrit : « Tout a commencé le soir d’un concert de Poni Hoax, il y a environ deux ans. La voix de Nicolas Ker a saisi le public et je me suis sentie étrangement puissante. C’est exactement à ce moment-là que je me suis dit que je devais utiliser le pouvoir de la musique pour créer des images ». Si c’est le Velvet Underground qui a poussé les membres de Poni Hoax à faire de la musique, alors avouons-le, c’est Poni Hoax qui nous a amené à approfondir ce que nous faisons. C’était un soir d’octobre à la Cigale. De cette soirée, je ne garderai que des souvenirs sensoriels. Absolument rien de factuel. Simplement qu’il pleuvait, que le champagne était acceptable et que le lendemain matin, nous nous sommes réveillées différentes. La musique inspire à bien des niveaux. Dans le cas présent, celle de Poni Hoax appelle à la lutte acharnée contre la médiocrité ambiante quel qu’en soit le médium et dépeint une attraction irrésistible vers l’Apocalypse. À la grande époque de la Cold Wave, lorsque Joy Division inspirait l’épilepsie auditive, en France, Taxi Girl tirait son épingle du jeu en cherchant le garçon. Trente ans plus tard, il ne s’agit tout de même pas trop de chercher leurs héritiers spirituels plutôt pas dégueulasses.

C’est sur cette pente savonneuse que nous naviguons le 5 juin dernier lorsque nous nous réunissons pour faire le point trois ans après une première rencontre exaltée bien que douloureuse à la Bellevilloise dans le cadre des Nuits Zébrées de Nova.  Il y a quelques mois, alors que le débat sur l’Identité Nationale battait son plein, un enquêteur du ministère m’a arrêté Place de la Bastille pour m’en demander ma définition. Évidemment, jamais je n’y aurais participé. Mais si à ce moment-là, le mec m’avait braqué un 9mm sur la tempe en exigeant une réponse, j’aurais dit Poni Hoax. Il faut dire qu’après « Poni Hoax » en 2006 et « Images of Sigrid » en 2009, le groupe s’est imposé comme ce qui devrait être le fleuron du rock français sur la scène internationale. Les deux albums sortis chez Tigersushi, produits avec le concours du patron Joakim, mêlent des morceaux gutturaux et rock à d’autres imparablement imaginés pour le dancefloor. Sur scène, la musique de Poni Hoax prend une nouvelle dimension. La production affûtée comme un couteau suisse des albums laisse place à une inquiétante atmosphère, comme si le public se trouvait dans un sas intermédiaire entre le monde (certes qui n’est déjà pas joli-joli) et une réalité parallèle totalement anarchique. L’énergie canalisée sur chaque piste enregistrée par l’ensemble que forment Laurent Bardainne, Nicolas Ker, Nicolas Villebrun, Arnaud Roulin et Vincent Taeger, accouche alors d’une sorte de déflagration étrange et spasmique, complètement époustouflante.

Apres plusieurs années de bons et loyaux services, c’est sans parachutes dorés qu’ils quittent leur label historique, pour sortir un nouveau single sur Abracada, institution fraîchement lancée par Manu Baron, le monsieur du Social Club, en autres. « We are the Bankers » est encore un tube en puissance à l’instar de « Antibodies », irrésistiblement mâtiné de Disco. Parce que nous sommes très premier degré, nous ne pouvons nous empêcher de passer en revue les happenings en chaîne du monde de la finance : le plus évident (la crise bancaire), le plus hilarant (Martin Aubry comparant Sa Majesté à Bernie Madoff), le plus littéraire (Jérôme Kerviel sort un bouquin : « L’engrenage, Mémoire d’un trader »). Mais aux yeux de Poni Hoax, les banquiers sont plutôt la métaphore des héros putassiers de nos jours. Ceux qui font de la musique chétive. Plutôt qu’escroquer les gros bonnets dont ils gèrent les portefeuilles, ils dupent les oreilles des kids.  Si la surexposition au mauvais goût n’est plus à prouver, comment imposer une certaine esthétique de ce qui devrait se faire ? Il faut continuer. Un jour, j’en suis sure, Poni Hoax touchera son bonus.

Le Myspace de Poni Hoax

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