Chew Lips @ Le Point Ephémère
19 juillet 2010

Nommer son album « Unicorn » sonne déjà comme un parti pris. On s’imagine dans une forêt enchantée, entourré de petits poneys colorés comme des bonbons Haribo, deux ou trois lutins gesticulant habillés en JCDC et pourquoi pas de quelques Leprechauns (comme une fois de plus, votre patron ne vous donnera pas de bonus, une ou deux pièces d’or ne peuvent pas faire de mal). Alors que les lolcats fêtent chaque jour un peu plus leur triomphe sur les chats insignifiants, est-il acceptable de se plier à cette tendance ? Il est toujours délicat de choisir entre l’attrait de coller à l’air du temps au risque de se démoder vite ou de s’inscrire dans la pérennité (saluons à ce titre Girls et leur « Album »). C’était sans compter sur Chew Lips, le trio londonien qui en a un peu plus dans la caboche. Menés pas Tigs, leur chanteuse au physique à mi-chemin entre la voluptueuse Scarlett Johansonn (ce qu’elle reconnaît souvent entendre mais ne toujours pas comprendre) et Twiggy la brindille, Chew Lips ne peut être que le groupe de toutes les contradictions.
Tigs a grandi dans la campagne anglaise d’une mère sud-africaine et galloise et d’un père espagnol. Ses parents se sont rencontrés à Ibiza, terre de perdition de Nico et tant d’autres, à la fin des années soixante. Après avoir donne naissance à leur trois enfants, ils remettent le cap sur l’Angleterre afin de leur offrir une éducation plus traditionnelle, autant qu’elle puisse l’être dans cette famille autoproclamée bohémienne et excentrique qui compte un taxidermiste, un plasticien, deux chanteurs (Tigs partage le même don que son père) et un primatologiste. Puis Tigs s’installe à Londres, rencontre James et Will et débute une histoire comme on a entendu beaucoup d’autres. Sauf que c’est à ce moment-là que la légende prend forme : on murmure que le trio aurait composé vingt titres lors de ses deux premières répétitions – nombre de ceux que nous retrouvons sur « Unicorn ». C’était il y a deux ans. Depuis, Chew Lips a fait son show dans des dizaines de villes du monde, s’est fait remixer de bout en bout et a ajouté sa pierre à l’édifice de la pop urgente que Tigs décrit comme « magically wild then surprising controlled ».
Des tournées à rallonge, Tigs retient principalement la logistique : « Touring is not really cool, it’s just twenty-three hours of driving and waiting and sleeping and drinking and waiting and waiting and sleeping….and then one hour of playing. You never unpack your suitcase, you never stay anywhere more than one night, you never see your friends. Oh and one day, well a fat goth vomited down my back. That was pretty disgusting. I think i was pretty calm about it to be honest ». Sur leur parcours, elle reconnaît que sans Kitsuné qui leur a permis d’acquérir des supports quasi instantanés, leur ascension n’aurait peut-être pas si exponentielle. Le label, malgré toutes les méchancetés qu’on peut en penser, se veut le garant d’une certaine conception de la nouvelle pop électronique (en armant The Drums ou Two Doors Cinéma Club pour le succès) et leur a offert une belle place au soleil aux côtés de leur consorts La Roux et Ladyhawke dont le combo voix féminine éthérée et synthétiseurs a déjà fait jurisprudence.
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