Midnight Juggernauts @ La Maroquinerie

5 juillet 2010

Bientôt quatre cent jours que Michael Jackson nous a officiellement quitté. Officieusement, sur le web, les rumeurs de sa nouvelle vie continuent à circuler. En parallèle, ce sont d’autres MJ qui rempilent. Ils sont trois, ils sont australiens, ils ont le regard légèrement vitreux comme la plupart des mecs sexy un peu à l’arrach’, des cheveux qui effleurent leurs épaules et les dents longues. Ce sont les Midnight Juggernauts. Et ils reviennent pour retourner le cerveau des garçons et la libido des filles. Jusqu’à 2007, l’Australie était ce pays-continent où il est de bon ton d’être sain de corps et d’esprit, où des autochtones blonds font du surf, les touristes piquent du corail vivant du côté de Port Douglas et les aborigènes se torchent à la piquette pour oublier qu’ils se sont fait marginaliser sur leurs propres terres. Oh, il y avait bien eu ACDC, le « LocoMotion » de Kylie Minogue et la leçon de popularité de Nada Surf mais c’est comme si la pop australienne s’était mise en berne à partir 1997. Et puis il y a eu 2007, le label Modular, Midnight Juggernauts et leur premier disque « Dystopia ». Parrainés d’office par les Don Corleone de la French Touch 2.0, les trois beaux ne pouvaient faire qu’une bouchée des dancefloors de l’hémisphère nord avec leur électro-pop intergalactique.

On ne se lasse pas de mentionner les références spatiales et futuristes. Pourtant, lorsqu’on interroge Vincent Vendetta (aucun lien avec Mickael), préposé chant et claviers, il décrit leurs productions avec des termes…éloquents : « Earth, Wind and Fire. Stop, Drop and Roll. Red, White and Blue. The Good, The Bad and the Ugly ». Ce que l’on reconnaît moins souvent à leur musique, c’est sa puissance onirique. Il faut dire que les Cow-Boys de Melbourne reviennent de loin. Leur spectaculaire percée de ce coté de l’Equateur coïncide avec une ère musicale délicate : la Nu-Rave, un mouvement à l’esthétique 80s pour adolescents fluorescents, qui ne donnait pas forcément dans la dentelle (avec quelques années de recul, tous les groupes qui lui furent associés et ayant donc surfé sur cette vague la rejette à présent avec virulence). Alors que « Dystopia », l’album schizophrène de leurs débuts voyait deux forces s’affronter : la Machine (« Tomstone ») contre l’Homme (« Road to Recovery »), les Midnight Juggernauts semblent vouloir se ranger avec « The Crystal Axis » du côté de l’harmonie : « The new album is probably a little looser, and maybe more relaxed. The next album after that may be more like a violent lawn mower ». Comme toujours, sur l’esthétique, les Australiens s’en donnent à cœur joie, dosant avec élégance quelques touches d’un mauvais goût contrôlé, une lichette de minérale et un minimum de science-fiction. Sur le fond, Vincent Vendetta, le justicier sans masque n’a pas oublié ses débuts, lorsqu’il jouait au violon les canons de Pachelbel à des cérémonies de mariage et des chants de Noël dans les centres commerciaux du coin. Ils se concentrent désormais sur les mélodies et les harmonies de voix et approfondissent la promenade à travers la voie lactée amorcée dans leur premier opus.

En Australie, l’eau ne s’évacue pas dans le même sens qu’en Europe. Tout me porte à croire que le succès ne tourne pas de la même manière dans le cerveau des Australiens. Il en faut beaucoup moins pour certains artistes français pour devenir carrément pédants. Au contraire, Vincent se prête à mon jeu, révèle avec enthousiasme une anecdote une peu honteuse (« Once we were playing a show and the drummer’s monitor started to smoke and then caught fire. While we were playing we just heard Daniel calling out « I’m on Fire, I’m on Fire » but we just thought that he meant he was playing passionately. Then we turned around and saw all this smoke. Now we never know what’s a smoke machine and what’s a technical mishap ») et se joint même à moi dans le débat idiot et stérile que je lance sur l’euthanasie en Australie (certes, uniquement pour le tester). Il promet d’y réfléchir lors de son prochain long-courrier. Bons élèves, talentueux et abordables, ils n’en sont pas moins pétris de contradictions. Si les Midnight Juggernauts vivent avec leur temps (ils rêvent de remixer la sensation youtube de l’année dernière « Chocolate Rain » de Tay Zonta), ils ne tripent pas pour autant uniquement sur les synthétiseurs dernier cri. Vincent se verrait bien réapprendre à vivre comme dans l’entre-deux guerres, ambiance Vaudeville et chapeaux de feutrine. Leur prochain album ne sera pas forcément un objet pour stoner imitant la tondeuse à gazon. Peut-être se lanceront-ils dans le bal musette. Ces jeunes gens sont pleins de surprise.

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