We Are Scientists
14 juin 2010

Dans le lobby plus blanc que blanc de l’Hôtel Arvor, à deux pas du Métro Saint Georges, Keith et Chris attendent sagement sur les canapés. Aux pieds de Christopher se trouve un bouquet de tulipes piquant inexorablement du nez. Keith m’explique que Christopher est comme E.T. l’Extraterrestre : les fleurs sont le symbole de sa vitalité. Aujourd’hui, il est fatigué par une tournée promotionnelle à travers l’Europe, se trimballe une légère gueule de bois mais n’en perd pas pour autant le sens de l’humour : « And I gave two ounces of blood this morning ! » ajoute-t-il. Christopher, en plus d’être une personne visiblement altruiste, aime les films noir et blanc contemporain ce qui limite drastiquement l’ampleur de sa vidéothèque. Keith confie à son sujet : « He watches ‘Schindler’s List’ fifty times a year ». Il est aussi un carnivore pur et dur (« I am a dedicated meat eater like a tiger would be. I don’t do vegetables at all. I’m a carnivorous not omnivorous like most people. ») contrairement à son partenaire à la scène qui rejette depuis toujours la consommation de viande plus par goût que par conviction. Keith aime manger du pop corn au cinéma et toutes les sortes de bières – en bouteille ou en pression, avec une légère préférence pour les bières blondes : « I just like the way the light diffuses on certain beers, it’s pretty. I spend my time looking through the glass. I get hypnotizes like a cat staring at a bird in a cage ». En revanche, il déteste les champignons qu’il qualifie de « criminal alien bastards ». J’en profite pour écrire sur un post-it mental de ne jamais les inviter à dîner au même moment.
Alors qu’est-ce qu’un carnivore intégriste et un végétarien avéré peuvent bien faire lorsqu’ils partagent le même espace ? Contre toute attente : de la musique, une activité qui dans l’absolu, fédère autant qu’elle compartimente la société. Celle de We Are Scientists est un peu comme un taureau qui entre dans l’arène, toute en force bien que dégageant au final une certaine grâce. Les couleurs sont flamboyantes et le rythme haletant. La voix, insistant toujours sur une mélodie potentiellement gimmick et la batterie prépondérante sont en quelque sorte les deux composantes de la formule chimique du gros rock de We Are Scientists. Se revendiquer de la Science, c’est un peu le handicap que Christopher et Keith ont choisi pour ne pas chopper trop de filles. Ils sont mignons, plutôt bons orateurs, dotés d’un humour décapant, la vie leur sourit. Tout ce qui aurait pu être des obstacles jusqu’à présent, ils les ont transformés en qualités : Christopher porte étonnement bien les Clubmaster de vue, Keith déchire en poivre et sel. Leur seule chance pour décourager les filles, c’était de tenter l’impensable : crier haut et fort (et en toutes lettres pour la jeune fille du fond, contre le radiateur), « Nous sommes des scientifiques ». C’est à se demander presque s’ils ne brouillent pas les pistes. Afin de mieux nous égaraient entre le premier et le second degré, Christopher ajoute : « It’s a matter of misconception to imagine that a personn needs to focus either on the Science or the Art. Many famous scientists were competent or even excellent artists. For example Richard Feynman who is a Physics Nobel Prize winner was also a brillant balloon-animal artist. They complement one another ». À titre indicatif, Feynman était aussi un joueur de bonjo émérite.
Si les compétences scientifiques de We Are Scientists restent nébuleuses, les deux weirdos américains pourraient toutefois concourir haut la main pour le Prix Nobel d’Anthropologie. On se souvient tous de la grande époque Canal et de l’avènement des Guignols de l’Info. À cette période, au même créneau horaire, sévissait sur TF1, la ménagerie politique du Bébête Show. Quinze ans après la disparition du programme des grilles de télévision française, Christopher réhabilite la place de l’animal dans notre société : « I think that animals are potentially valuable members of the British Parliament. But they could be more fully integrated in society in other jobs as drivers for example. Given the chance, animals could design clothing. I feel they should be allowed to apply to University. Right now they are not being accepted because they can’t pay obviously and all of this is being kept a closely guarded secret for now. The University system is so anthropocentric that they require cash and animals don’t have money. Even working animals nowadays such as Police horses or sled dogs don’t recieve legal tender as their compensation. They receive food and board, it’s servitude ! ». Christopher malheureusement ne poussera pas ce jour-là ses confidences jusqu’à nous révéler si certains animaux ont infiltré l’équipe de football britannique. Si l’on se réfère à une autre de ses théories, c’est la seule explication possible pour « Goal ! England », leur dernier gag de hooligans à gros QI. « I like sports that use sticks like croquet, polo and golf. Baseball doesn’t work because you drop the stick. Animals should touch balls with their hands whereas us gentlemen, use implements to manipulate balls. That’s what separates us from them, the use of tools. »
Le nouvel album de We Are Scientists, « Barbara » est aujourd’hui dans les bacs (Masterswan Recordings / Pias).




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excellente interview de mon groupe californien préféré! ils viennent quand à Paris?