Maruosa & Chimidoro @ Tokyo

31 mai 2010

Maruosa vient d’un ghetto d’Osaka. Oh, bien entendu, au Japon, le terme ghetto n’a pas tout à fait la même valeur que dans le Bronx ou à Los Angeles. Il était un petit garçon avenant qui haranguait tous les passants dans la rue : « Mother always told me to be quiet ! ». Aujourd’hui il vit dans Koeinji, un quartier situé dans la  périphérie ouest de Tokyo, le Brooklyn nippon, notre eldorado. On y trouve un nombre incalculable de friperies, de jeunes tokyoïtes arborant la guitare en bandoulière et même un Mister Donut. C’est non loin de ce temple de nos tentations que nous retrouvons Maruosa et une amie venue jouer les interprètes. A priori, cela semble excessivement professionnel. Après trois semaines au Japon, nous estimons que cela est parfaitement judicieux. Vous voyez, le Japon, ce n’est pas comme tous les autres pays du monde, l’anglais y est perçu comme un défi. L’enseignement de la langue au collège est laborieux, assuré par des professeurs approximatifs qui s’en tiennent au vocabulaire, non à la syntaxe. La société japonaise est comme toutes les autres, le monde y est petit et les locaux ont le ragot facile. Si un Japonais était surpris en train de galérer en s’exprimant en anglais, cela ferait le tour du quartier en moins de deux jusqu’à l’équipe complète du Mister Donut. Et l’honneur reste une valeur fondamentale même quelques siècles après l’effondrement du système féodal et l’extinction des familles de Samouraïs.

Justement, question Samouraï, Maruosa en arbore la dégaine avec sa longue chevelure noir de jais. Lorsque nous l’interrogeons à ce sujet, il rit et se moque gentiment de nous. Bien sûr qu’ils n’existent plus depuis des siècles. Le Japon est entré dans la modernité. Aux oubliettes les petites harpes et mandolines, la musique est à présent numérique. Mais elle n’a pas perdu son âme pour autant. C’est au lycée que Maruosa commence à s’intéresser à la musique électronique. Jusqu’à présent, il n’avait nourri qu’un rêve, celui de devenir joueur de Baseball, un sport étrangement prépondérant au Japon, probablement importé par les militaires américains stationnés au Japon. Il découvre vite la Musique Assistée par Ordinateur et quitte l’école afin de poursuivre une carrière artistique. Comme Oorutaichi, il a choisi de mener un projet solo afin de garder un meilleur contrôle sur la composition de sa musique, mais songe à faire intervenir des musiciens. Le problème selon lui, c’est que les Japonais restent conservateurs et que ses productions, qu’il décrit comme « Extreme music just like Dragonball » sont profondément atypiques. Derrière sa personnalité calme, Maruosa le performeur est un enragé Grincore et Metal qui s’époumone sur des beats rapides et violents. Si la sauce ne prend pas tellement au Japon, en Europe, il rend les foules hystériques, au-delà de la limite de la mise en danger d’autrui : « In Ireland, a guy in the audience broke his spine in excitement. He dived many times toward the floor during my gig. I am proud that he got so excited with my music. When I go back to Ireland, I want to meet him and to tell my gratitude ».

Quelques jours après cette révélation qui nous glace le sang, nous avons rendez-vous avec Chimidoro dans le quartier de Nakano, celui des boutiques de mangas. Une joyeuse petite troupe de six garçons vient nous chercher au métro et alors que nous arpentons les rues étroites en direction du club dans lequel ils jouent ce soir, nous ne pouvons nous empêcher de bloquer sur ces Japonais de tous âges qui errent dans les boutiques, un manga ouvert entre les mains. Comme Maruosa, Chimidoro a joué à l’étranger, ils se sont d’ailleurs retrouvés à partager la même scène l’année passée à Nîmes dans le cadre du festival « L’expérience Japonaise ». Et l’expérience japonaise, parlons-en. Comme nous n’assistons pas au concert, Chimidoro nous improvise un petit live privé sur lequel nous sautillons et virons complètement euphorique lorsque le chanteur d’un autre groupe se lance dans un featuring à leurs cotés sur « 999 Kaiura ». Certains membres du groupe définissent leurs productions comme de la pop, d’autres du rap. Seulement, tous s’accordent pour la qualifier de bizarre. Parce que leur carrière artistique se veut être le contre-pied de leur carrière professionnelle : alimentaire mais aux horaires flexibles afin de leur permettre de se retrouver pour jouer (ils travaillent dans la vente, le web et la construction). Pendant ce showcase, nous filmons, prenons des photos avec tous les appareils qui nous passent sous la main, bref de vraies… Touristes japonaises ! Lors de leur tournée française, les membres de Chimidoro ont pris plus de mille photos ce que justifie Ichinimiya, un membre du groupe avec une pointe de nostalgie: « Now, when I look at these pictures, it remind me of the smell of the cities we visited. It’s so wonderful ».

Le Myspace de Maruosa

Le Myspace de Chimidoro

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