Oorutaichi @ Osaka
10 mai 2010

Oorutaichi est le premier artiste de notre trilogie japonaise. Il aurait pu ne pas en être pour de nombreuses raisons. Nous aurions pu ne pas être à Kyoto ce soir-là. Nous aurions pu ne jamais tomber sur le Commissariat de Police qui nous a indiqué le chemin du Metro Club après avoir tourné pendant une heure dans le quartier. Nous aurions pu ne pas rencontrer James, un expat’ américain, devant le club qui nous a convaincu de payer 2000 Yen pour l’entrée du club. Nous aurions pu rentrer nous coucher après le premier live et avec sept heures de décalage horaire et quatorze heures d’avion, personne ne nous en aurait voulu. Nous aurions pu ne jamais attraper Oorutaichi à l’issue de sa performance et ne jamais lui proposer cette rencontre. Et pourtant, notre marraine la bonne fée s’est penchée sur notre berceau ce soir-là.
Taichi a trente ans, il est né à Nara, mais habite aujourd’hui à Osaka. Il est marié, n’a pas encore d’enfants. Il mange beaucoup de fruits – des pommes, des kiwis, des bananes. Taichi était un enfant timide et sage, il est aujourd’hui un homme réservé. Au milieu de ses années de collège, il abandonne brutalement l’enfance et son rêve de devenir pompier et se découvre une ambition beaucoup plus, comment dire… réaliste : percer dans la musique. Depuis, il s’est bâti une réputation underground en béton armé au royaume des Onigiris et prend un plaisir sans bornes à secouer sa tignasse permanentée (comme beaucoup de garçons japonais) dans les clubs du monde entier, hurlant comme un hindouiste en pleine transe et triturant les boutons d’une table de mixage. Taichi s’exporte bien contrairement à de nombreux artistes japonophones. Il a joué dans ce qui se fait de plus cool en matière de salles de concert en Europe l’automne dernier et compte bien remettre le couvert très vite.
Quelques jours après le concert détonnant du Metro Club, nous débarquons à Osaka, la ville de Taichi, sous la pluie. Nous jouons un peu un remake de « Blade Runner ». Il nous retrouve à la Gare Centrale du côté de la sortie Sakurabashi ce qui semble simple en théorie, plus compliqué au Japon. Chaque minute précisément, les portes du metro vomissent des hordes entières de japonais. Pourtant, à 18 heures précises, nous trouvons Oorutaichi comme un petit garçon, les mains croisées devant son ventre, pile en dessous du panneau principal, sage comme une image. Il nous emmène à la conquête de sa ville, celle qui compte le plus en matière de musique. Pour la première fois, nous nous sentons fortes, sereines, battantes : nous sommes en compagnie d’un autochtone qui peut faire office à chaque seconde de traducteur grâce à sa maîtrise honorable de l’anglais. Pour une fois que nous en tenons un, nous le harcelons de questions : pourquoi portent-ils tous des masques ? À quoi sert la rame réservée aux femmes dans le métro ? Qui sont les jeunes bimbos mâles qui haranguent les passants devant les clubs louches de Kyoto ? Il en ressortira principalement que les bimbos sont des gigolos et que Taichi ne portant jamais de masque dans la rue, même quand il est malade. Il n’est pas simplement un Japonais parmi cent vingt-huit millions !
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