Girls @ La Maroquinerie
3 mai 2010

« J’aimerais avoir un mec, j’aimerais avoir un homme attentionné dans ma vie. J’aimerais avoir un père, et peut-être alors que je serais quelqu’un de bien. Là, je suis simplement dingue, complètement à l’ouest. Je suis simplement dingue, je suis déglingué. Peut-être que si j’essayais de tout mon cœur, alors je pourrais prendre un nouveau départ et t’aimer. J’aimerais être un peu bronzé, j’aimerais avoir une pizza et une bouteille de vin. J’aimerais avoir une maison sur la plage et on pourrait faire des feux de camps tous les soirs ». Non, ceci n’est pas l’extrait du journal intime d’une énième célibattante (Dieu que je hais cette expression), c’est la traduction de la première minute de l’ « Album » de Girls. Le duo, composé de deux boys de San Francisco, Christopher Owen et Chet JR White cultive autant le mystère sur leur intimité que l’ambiguïté dans les paroles. On s’imagine de prime abord que « Album » est une compilation de chansons d’amour et là, on se dit : « Mais merde, Laura, ce grand mec à l’allure un peu étrange te chante son mea-culpa à la guitare et il a l’air sincèrement désolé, tu dois lui pardonner ».
Ce qui s’approche le plus d’une allusion charnelle dans tout l’album est le « High School crush » mentionné dans « Big Bad Mean Motherfucker ». Le reste du temps, on rêve de prendre le soleil ensemble, on se dispute et on se réconcilie. En compagnie de Lauren Marie, on est nostalgique des rêves brisés et anxieux d’un avenir en pointillés. Lorsque vient la seconde étape de l’appréhension de Girls, le constat nous tombe dessus sans l’avoir vue venir. Et c’est un peu comme une épiphanie. Les boys de Girls chantent pour leurs amies, les filles et non pour leurs maîtresses. D’une certaine façon, Chris et Chet réhabilitent le Romantisme Punk, celui de Richard Hell et Patti Smith. À travers une sensibilité mise à nu, des riffs douloureux et des vidéos à mi-chemin entre Harmony Korine et David Hamilton, ils redorent le blason de San Francisco qui n’a plus été très subversive depuis les années 60s, celles de la promiscuité sexuelle et de la course aux expérimentations. Chet nous confie : « Simply, we love the women in our videos. They are friends and people that inspire us. We are just in part celebrating them and the beauty that surrounds us. San francisco has its share of darkness. With the imagery and videos, we can battle that a little bit ». Leur musique aussi est une forme de thérapie. « Hellhole Ratface » agit un peu comme un vomitif. L’écouter, c’est comme s’accorder sept minutes pour pleurer toutes les larmes de son corps, pour se sortir artificiellement toute la tristesse enfouie en soi. Dans le bouquet final du morceau et particulièrement lorsqu’il est joué sur scène, Girls ouvre la porte jouissive de la Noise comme nous l’explique Chet : « I have to admit, it is impossible not to enjoy that section of the set. Sometimes just being loud can be a very gratifying thing. We are not a band that plans out our next move too far in advance. Christopher doesn’t write songs to fit a mold. If he was to suddenly be inspired to write an album of noise songs its something we might consider. But at the moment I don’t see us going in that direction ».
En effet, Girls ne rentre dans aucun moule et c’est probablement pour cela qu’à l’échelle de la scène indé américaine, Chet et Christopher ont assez rapidement atteint une sorte de statut culte. Les autres groupes sont leurs groupies et leur public se façonne à leur image. Leur esthétique, fondée sur la représentation de l’amitié, le romantisme, leur amour des jolies filles à l’allure suggestive, comme dans une publicité pour American Apparel, leur amour pour la beauté d’une manière générale, le mythe crée à partir des révélations concernant le passé de Chris, tout cela ne fait qu’alimenter la fascination que Girls exerce. L’ultime prise de position en faveur du culte « Girls » (ce qui est assez ironique puisque Christopher a grandi dans la communauté des Children of God) est de porter le tee-shirt vendu à la sortie leur concert mais je crois que jamais je n’irai aussi loin, c’est presque un acte politique.
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