Clues @ La Maroquinerie

18 mars 2010

Il y a deux choses auxquelles je n’ai pas goûtées pendant mes deux années passées à Montréal : la poutine et le rock. En ce qui concerne le pilier de la gastronomie québécoise, l’explication est simple. Je n’aime pas particulièrement les frites, le fromage fondu non plus. Pour le rock, c’est plus compliqué. En fait non, c’est très simple. Pourquoi chercher midi à quatorze heures ou inutile de s’en faire tout un chiard comme l’aurait si tendrement dit un Québécois ? La scène locale était pratiquement inexistante lorsque j’y habitais.  A ce phénomène, Clues, jeune groupe de la scène montréalaise dont les membres sont tout sauf québécois, me fournit une explication : « Montreal’s had been really constrained to emo musically but there are so many new bands and new people moving there every year. I think people have calmed down in the last few years from pop explosion and are just making music for their friends. That would seem the healthiest kind of music scene and that’s certainly what we come from ». Bouddha a dit : « Le bonheur est né de l’altruisme et le malheur de l’égoïsme ». Et bien je trinque à cela mentalement avec chacun des membres du groupe.

Pour les mêmes raisons qu’en France, l’anglais est la langue officielle du rock. Mais au Québec, ce constat en a entraîné un autre : les anglophones (qui représentent 17.7% de la population de l’Ile de Montréal) ont le pouvoir. Bien que les francophones (53.1%), tous bilingues, commencent à se joindre au mouvement : «  Though there’s an active group of anglophones making & exporting music in Montreal, a number of those bands are bilingual / have francophone members… and there are of course great french speaking bands ». C’est au cours de l’été 2007 autour de ses deux membres fondateurs Alden Penner et Brendan Reed, deux activistes du rock montréalais depuis des années que Clues s’est formé. Après avoir parcouru leur chemin séparément dans plusieurs groupes, certains ayant connu le succès comme Unicorn, d’autres un peu moins, ils unissent leurs efforts pour donner une nouvelle envergure à la scène locale. Petit à petit, ils s‘entourent de musiciens et amis, composent et écrivent, élaborent deslive hauts en couleurs pour le plus grand bonheur de leurs potes, puisque c’est pour eux qu’ils jouent à la base et finissent par sortir un premier album éponyme en mai dernier sur le label canadien Constallation.

Afin de rendre la pareille à cette scène qui les a bercés, Brendan lance en 2008 le disquaire digital, VillaVillaNola et fait sortir des méandres de la rue Saint-Denis des artistes qui lui tiennent à cœur. Parmis eux, Think about life, un groupe à l’imagerie incroyable (j’ai toujours eu un faible pour les flamands roses et il y en a quatre sur la pochette de leur album « Family »),  qui chantent sur l’âge d’or des jeunes filles avec autant d’entrain que Clues chante sur l’amour inconditionnel. Comme dans la vidéo de « Haarp » où le groupe joue avec un cerf-volant dans la neige, Clues est un hybride d’effroi et d’amusement. Leur musique est nerveuse, théâtrale et urgente à la fois. On se prend rêver ensemble : et si leur musique était un jour jouée comme une seule pièce musicale ? Ils l’imaginent alors dans une salle ornée de bois et d’or. Il y aurait de la morale et du sarcasme, des chansons pour jouer et pour boire. Ils proscriraient tout effet de fumée et la lumière ne serait assurée que par une ampoule nue fixée au dessus de l’orchestre. Théâtral, je vous dis.

Et ils vivent dangereusement. À la fin de l’année dernière, ils ont mis la tigresse Beyoncé – très -  en colère. Pour quelle raison ? Le groupe aurait « volé » l’intro de « Halo » pour son titre « You have my eyes now ». Face à cette absence flagrante de plagiat, j’estime que toute publicité est bonne à prendre. A ce sujet, le groupe nous confie : « We’ve decided to share our creative talents on this and future projects. We can’t really talk much more about it now ». Même si le combat avec le fauve n’est pas achevé, Clues a eu le dessus sur une autre bête sauvage lors que sa tournée en France cet hiver : « We were in Annecy and drove up the winding rode to the chateau and Peter, John and Brendan got out and walked through the woods to get closer. They came across a Husky dog whimpering as it had been caught in a trap meant for bears or rabbits. Peter grew up in the country in Holland so he knew how to open a trap and was able to trigger the release with tools from the van. The Husky ran around them a couple times after being freed and then bolted into the forest. It was only then that they realized / wondered if they had in fact freed a WOLF. A lone wolf. » Et des expériences de ce type, ces Indiana Jones du rock ont des dizaines.

Comme le personnage de Harrison Ford, les Clues sont des tombeurs. À leur palmarès, Ben et Brendan partagent une petite amie, alors qu’ils étaient dans la même classe d’anglais dans un lycée de Washington DC qu’on retrouvera plus tard dans un film d’une certaine Sofia Coppola.

Plus à propos de : ,

ShareThis

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading ... Loading ...

Pas de commentaire. Laissez le votre !

Laisser un commentaire