Dan le Sac vs. Scroobius Pip
4 mars 2010

Stanford-No-Hope.
Stanford-le-Hope est une ville-dortoir située à quarante kilomètres à l’est de Londres. La ville compte sept pubs et un supermarché Tesco. Il n’y a pas de boutique de fringues, en revanche, on peut y acheter de la laine et se tricoter ses propres vêtements. Pip ironise : « We had a KFC for a while but it closed down. The reason they gave is that they couln’t be bothered by the kids anymore. So all the kids of that small city scared away a multinational company… ». Pendant quelques mois, Stanford a aussi été gratifiee d’une salle de concert. Une fois l’excitation passée, les kids du coin on commencé à défoncer systématiquement la sortie de secours pour entrer gratuitement et à trasher les toilettes alors elle a fermé, comme le reste. Il n’y a pas d’insécurité à proprement parler à Stanford, simplement une sorte de délinquance latente principalement liée à l’ennui. Parce qu’on se fait sérieusement chier à Stanford, il paraît. Le schéma classique c’est de commencer vers onze ans à détruire quelques biens publics, un banc, une balançoire, histoire de passer le temps et d’impressionner ses paires. Vers quatorze ans, théoriquement on commence à vendre un peu de drogue dans le parc. La cocaïne dans les patelins anglais, c’est un peu l’héroïne de nos campagnes. La plus répandue est la coke « pour enfant », 70% de speed et 30% de coke ultra-coupée à raison de dix Livres Sterling le gramme : « I call it diet coke because I’m quite funny » rigole Dan.
Thou shalt always work.
La famille de Dan, à sa naissance, était blindée. Limite indécent. Lorsqu’il atteint l’âge de trois ans, les Le Sac sont sur la paille. Le petit Dan apprend donc très jeune qu’il ne faut pas se reposer sur ses lauriers et que rien n’est acquis. Il apprend la valeur travail, la force W. Dès la fin du collège, il enchaîne les petits boulots histoire d’apporter sa pierre à l’édifice familial. Aujourd’hui encore, alors qu’il est un artiste signé, entre chaque tournée internationale, lorsqu’il revient à Stanford, il repeint des cuisines pour arrondir ses fins de mois et garder les pieds sur terre. La démarche de Scroobius Pip est un peu différente bien qu’elle véhicule les mêmes valeurs. Dès qu’il est en âge d’être lâché seul dans la nature, il prend le train le week-end et arpente les rues de Londres. Simplement parce que très tôt, il comprend que ce n’est pas dans ce rade qu’il s’épanouira, qu’il découvrira la diversité du monde. « The reason of what I ended doing what i do is not wanting to get a real job » nous confie Pip. Pourtant c’est ce qu’il a fait pendant quelques années. Alors qu’ils estiment tous les deux qu’il n’existe que deux issues lorsqu’on vient d’un rade paume comme le leur : acheter un costume et aller travailler à la City ou prendre de la coke et rester en place, Pip et Dan on choisit la troisième option. C’est par ce biais que leurs routes finissent par se croiser : en travaillant chez un disquaire. L’idee etait de mettre suffisamment d’argent de côté pour se lancer dans la musique et puis voir ce qui allait se passer. « When you spend your days selling other people’s music, it makes more sense to try and do your own, if you can » nous disent-ils en se marrant. Gardant tous les deux pieds sur terre, ils affirment que si cela n’avait pas marché ils auraient été parfaitement satisfaits de revenir chez HMV. Pip allait passer manager, ce n’est pas si mal après tout. Mais la vie avait d’autres projets pour eux et Dan en est bien content : « The great thing about doing music as a job is that you can just do nothing all day. We are working right now ! That’s unbelievible. I’m eating very plain crisps but the nuts are salty. As part of my job, I might have a cigarette after this conversation ! ».
Barbus vs. plombier polonais.
Le schéma tricot, cocaïne et racisme latent, c’est ce qu ‘ils dénoncent depuis leurs débuts. Dans « Angles » leur premier album, Pip confiait estimer que le hip-hop britannique était monotone. En bons dauphins des Beastie Boys, avec « The Logic of Chance », leur second opus dans les bacs le 15 mars, Dan et Pip transforment l’essai et donnent un bon coup de pied dans la fourmilière. De façon structurée et argumentée, sans haine mais non sans un soupçon de condescendance, ils donnent à l’Angleterre qui traîne au pub et copule dès son entrée dans les teen, une bonne leçon de société. Ils peignent un environnement social compromis parce que les habitants des petites villes ont cessé de faire l’effort de sortir de leur petite boîte et d’ouvrir leurs petits esprits exigus. Oh ce n’est pas que le cas de l’Angleterre, pourtant Dan a des faits, des statistiques pour justifier leur point de vue que Pip deverse avec son flow teinté d’un accent cockney à couper au couteau : « I can prove a million people are narrow-minded in England. There’s a racist party, called the British National Party, formelly National Front, formelly Neo-Nazy, formelly the Nazy party. They got 941 000 votes in the European Election ». De ce vote de 2005, les Anglais héritent, au même titre que les Français, d’un même stéréotype : celui du plombier polonais. Ils bossent plus dur, mieux et à moindre coût : un scandale ! « My brother works in a library and says all the local kids are reading several years under their level and just messing around. But the people who would get there first in the morning are the immigrants and sit there and read and learn litterally from the opening to the closing hours ». La vérité c’est que le vote de 2005 était protestataire. Ces 941 000 anglais ne sont pas tous racistes, ils estiment simplement qu’ils peuvent faire ce compromis pour arriver à leurs fins. Pour leur donner une bonne lecon, Pip s’est fait pousser la barbe. Et quelle barbe ! Ce n’etait pas forcement sa meilleure initiative s’il souhaitait conserver un semblant de vie sociale à Stanford. Mais ce n’était pas le but. Ce qui le fascine en fait, c’est que ces gens, il les cotoit depuis vingt-huit ans et à présent que Pip correspond au cliché du méchant barbu, on se méfie de lui. Apres tout, c’est peut etre un immigré… Ce que Dan et Pip nous enseignent en fait, c’est que les dés ne sont pas toujours jetés, il suffit de s’en donner les moyens.
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