Mustang @ La Cigale
10 février 2010

Frustation est un excellent groupe punk français. C’est aussi le sentiment que nous partageons ces dernières semaines. Alors ce jeudi 28 janvier fut en quelque sorte le coup de grâce. Comme toute action entraîne une réaction (expression idiote) et toute situation d’échec, une remise en question, c’est à la suite de cette succession d’actions que nous avons rédigé cette mise au point. Aujourd’hui 10 février, nous publions un premier jet de notre manifeste ParisRocks parce que nous sommes tous humains et donc égaux en droits et en devoirs. Nous, ParisRocks, disposons donc des mêmes droits et devoirs que les artistes que nous rencontrons : notre temps a la même valeur, le respect nous est tous dû au même titre et le sourire est gratuit.
Délit de faciès (de français).
En se promenant dans les rues des destinations les plus prisées de nos compatriotes, on se rend vite compte qu’il existe réellement une tête de français. Cette façon de porter la mèche, du côté droit ou gauche, de se nouer un pull bleu marine sur les épaules ou de porter un col de polo négligemment relevé, cela ne trompe pas. En général, des Alleys New-Yorkaises aux Roads de Londres, c’est toujours très agaçant de croiser un de ces spécimens. Ces derniers temps, nous avons accordé une part très marginale aux artistes français alors forcément lorsque nous en rencontrons, c’est exactement comme en vacances : dérangeant. Heureusement, la plupart du temps, nous croisons des personnalités dont nous partageons les valeurs. Bien entendu, il existe aussi bien des têtes de New-Yorkais (chemise à carreaux, lunettes de geek) ou des têtes de Londoniens (cheveux hirsutes, légère bouée autour de la taille). Ils sont simplement plus exotiques, c’est naturel.
Une question de langue.
Les conversations qui tournent au vinaigre, on en connaît un rayon. D’une façon générale, les groupes ont en sainte horreur la promotion. Pourquoi ? Je ne sais toujours pas. Alors que certains se détruisent la santé dans des usines truffées d’amiantes, crèvent d’intoxication au charbon au fond des mines ou enchaînent les sciatiques à force de buriner dans des rizières, et bien d’autres écrivent, composent et interprètent leurs créations. Oh, bien entendu, les méchantes maisons de disques, qui la plupart du temps leur ont attribué des avances considérables pour financer le fruit de la passion des artistes, les « obligent » à prendre de temps en temps, une minuscule petite journée afin de rencontrer des gens, plus ou moins pragmatiques, et discuter avec eux de leur travail. Cela s’appelle une interview. Théoriquement, la quantité de papiers consacrés aux groupes augmentera les ventes de disques ce qui leur conférera en tant qu’auteurs – compositeurs une part plus grande collectée en droit de reproduction mécanique. Les gens se rueront dans les salles de concert, participant ainsi à leur part de droit d’exploitation publique. Alors, artistes, la prochaine fois que vous recevez vos feuillets de répartition SACEM, dites-vous que ce journaliste que vous avez torturé il y dix-huit mois mais qui a tout de même chroniqué votre album, c’est un peu grâce à lui que le montant total au bas de la page n’est pas nul. La prochaine fois, pensez-y. Les artistes désagréables, c’est international, heureusement, ce n’est pas qu’en France. En revanche, les insultes, ça varie d’une langue à l’autre. Aujourd’hui 10 février 2010, j’en appelle à mon droit fondamental debloggeuse : choisir la langue dans laquelle je souhaite envoyer paître un groupe qui ne souhaite pas faire d’efforts. Personnellement, je trouve cela beaucoup plus divertissant de donner du « scumbag », du « douchebag » ou du plus traditionnel « asshole » plutôt qu’un triste petit « connard ».
« Sans bruit je quitte la maison / Tout est gris dehors / Comme d’habitude »
La France est le pays par excellence de la Fonction Publique et par conséquent de l’assistanat social. Ne vous méprenez pas. Moi-même en plein burn out, j’ai été attirée par les sirènes de l’administration. Sincèrement, un emploi du temps millimétré, un petit bureau en banlieue, des week-ends off, on en a tous rêvé à un moment ou à un autre, il faut se l’avouer. Sauf qu’il en découle une conséquence désastreuse sur la culture française : nous sommes de putains d’assistés. D’une certaine façon, on ne peut pas vraiment en vouloir à un groupe d’être foncièrement déstabilisé lorsqu’on lui propose de sortir de la petite boîte traditionnelle de l’interview questions / réponses. Comment lui faire entendre que peut-être c’est possible de ne pas rester dans un schéma classique. Exemple : je m’appelle Mustang, comme les chevaux. Une photographe me propose de poser comme lors d’une remise de prix d’une course hippique. Bien sûr je suis déstabilisé parce que je n’arrive pas à comprendre pourquoi je ne peux pas simplement fixer l’objectif en tapant mon plus beau sourire comme d’habitude. Mais après tous, je suis Mustang alors, théoriquement, je pourrais être un cheval donc c’est un peu dommage de brider un contexte narratif uniquement parce qu’il est nouveau… Pas étonnant, qu’ils s’emmerdent.
Le rayonnement français à l’international est déprimant.
Il faut le dire, le rayonnement musical français sur la scène internationale est déprimant. Il y a quelque mois, le bloggeur le plus puissant du monde, notre mentor de rêve, Perez Hilton monte un label spécialement pour… Sliimy, ce dernier se retrouvant d’office synchronisé dans « Gossip Girl ». Le magazine « Nylon », garant du bon goût post-adolescent aux Etats-Unis, fait la même démarche pour Plasticines : elles se retrouvent d’office non pas synchronisées mais à jouer en live dans Gossip Girl (décidément). David Guetta, bientôt enregistré comme le DJ le plus souriant du monde au Guinness Book, rafle tout sur son passage à chaque remise de prix. Dans un domaine qui nous concerne un peu plus, il y a le mystère Phoenix, le groupe qui a fait la une du « Parisien » et la fierté de Versailles (22 les pulls noués sur les épaules). Dans les « Inrockuptibles » d’aujourd’hui, Christian Mazzalai, guitariste et membre fondateur du groupe récemment primé d’un Grammy, a ce propos navrant : « Ca peut paraître prétentieux, mais d’une certaine manière, qu’un disque marche ou pas n’est pas si important ». Bon. Alors on va vous laisser jouer entre vous. Ces succès en dehors des frontières, que faut-il en conclure ? Que les étrangers ont mauvais goût ? Ou simplement que la France n’exporte que de la merde comme pour punir le reste du monde ? Et pourtant il en existe des artistes français qui assurent. La preuve ? La plupart de nos coups de cœurs 2009 étaient cocorico : Koudlam, Turzi, Krikor, Jack of Heart et donc Mustang, les intéressés de la journée.
Peu importe le fond ou la forme : Mustang est génial.
Le vrai problème auquel je suis confrontée aujourd’hui, c’est que « A71 », plus que l’autoroute qui relie Orléand à Clermont-Ferrand, c’est le titre du premier album de Mustang et qu’il est assez incroyable. Si on ne m’avait fait écouter que les pistes instrumentales sans me mettre en garde contre le pot aux roses, jamais je n’aurais osé penser qu’ils étaient français. Cet album, c’est un peu comme une autoroute qui traverserait le Nevada pour tirer jusqu’à l’Arizona et s’il reste un peu d’essence, et il en restera, on remonte l’Arkansas et on finit en beauté par Memphis, Tennesse. Il y règne du brut et du sauvage, des arrangements patinés, une mélancolie d’un autre âge. En tentant un débat opposant le fond à la forme avec le groupe, je me suis retrouvée face à un mur. En tentant un débat opposant le fond à la forme avec le groupe, je me suis retrouvée face à un mur. Le mur d’une salle de bain plus précisément puisque nous nous sommes enfermés dans la seule pièce inoccupée de leurs loges de la Cigale. Comme si plus d’intimité allait arranger l’atmosphère tendue. Selon Mustang, la forme et le fond, peu importe, c’est plus ou moins kif kif. Bon après, on dit bien ce qu’on veut. Blanc, c’est noir. Pourquoi pas ? La production de cet album fait remonter des reminecences fifties surprenantes d’authenticité. Production / arrangements, jusqu’à preuve du contraire : forme. Leur vidéo du « Pantalon » les met en scène dans un champ ensoleillé. La lumière est belle, les angles de vue sont à leur avantage. Réalisation : forme. Il ne s’y passe rien, le groupe joue son morceau en playback, le fond est inexistant mais on s’en fout parce que c’est simplement beau. Alors ne me dites pas que le fond et la forme, c’est la même chose parce que quel que soit le mode d’expression, c’est celle d’un sentiment. Ce soir-là, Mustang m’a fait mordre la poussière de la Death Valley. J’en redemande mais en gardant en tête que Mustang, mieux vaut les avoir en album qu’en vrai.
Certes, cette rencontre fut épique et peut-être que ces prochaines semaines, nous y réfléchirons à deux fois avant de rencontrer à nouveau des artistes français. Inclure Mustang dans ce manifeste me brise le cœur parce que j’avais de grandes espérances quant à cette rencontre. Mais nous devions faire un exemple, une sorte de jurisprudence en matière de loi ParisRocks comme ces juges qui condamnent des adolescents à une créance à vie pour téléchargement illégal alors qu’il en existe des millions d’autres qui exercent chaque jour le même délit. Mais après tout, si certains groupes (bizarrement Disque d’Or) s’en fichent de vendre des albums…
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