HEALTH @ Nouveau Casino

8 décembre 2009

« To me, healthy music implies sound of waves, rain sticks, a guy playing the clarinet. It probably sucks ». John Famiglietti – Bass, Noise for HEALTH.

« Le travail c’est la santé ».

Repris par notre bon copain béat Henri Salvador, c’est le proverbe le plus risible du monde. Personnellement j’ai vingt-cinq ans et un début d’ulcère alors je ne suis pas sûre que travailler m’aide à garder la forme. Il y a au moins une dizaine d’arguments qui me viennent à l’esprit et indiquent le contraire : on reste les fesses collées à une chaise inconfortable face à un écran d’ordinateur au moins quarante heures par semaine. L’installation est la plupart du temps peu ergonomique, les locaux souvent insalubres et ne nous lançons même pas sur le problème de l’alimentation… Et puis c’est sans compter la peur de ne pas être rentable, le stress de l’échec, les conséquences psychologiques d’une hiérarchie autoritaire, les cancers professionnels, l’exposition au plomb, l’amiante. Alors non, le travail, ce n’est pas la santé. En revanche, HEALTH fait plutôt du bon boulot.

Le bruit et l’odeur.

Le concert de HEALTH est une mise à l’épreuve de notre appareil sensoriel. Avant tout, la vue. On ne peut ignorer que le public est dangereusement éclectique. S’y croisent : une bande emo, de jolis garçons aux cheveux longs, un superficialiste, une jeune fille avec des oreilles de chats mais qui ne semble pas afficher d’autres codes emo. En bref, le public de HEALTH vient de tous horizons et c’est plutôt rare pour un groupe de cette envergure, visiblement pas totalement underground mais pas non plus mainstream. L’odorat est aussi bizarrement sollicité. Depuis l’interdiction de fumer dans les lieux publiques chaque espace a trouvé une solution pour masquer les odeurs corporels autrefois dissimulées par le tabac. Et deux ans plus tard, c’est comme une rechute au Nouveau Casino. Heureusement, il y a le bruit. Et quel bruit ! Pas étonnant que le groupe s’auto-proclamme HEALTH / NOISE.

Manger de la chair, reprendre des couleurs et mourir lentement.

Il y a quelque chose de très brut et violent dans le bruit de HEALTH, une peu comme si leur nouvel album, « Get Colour » était la bande originale de la fin du monde. Sur scène, la puissance des percussions est tribale, l’ensemble parfois même à la limite du tolérable. HEALTH est un groupe nihiliste qui joue pour lui, sans vraiment tenir compte de son public qui pour une fois est parfaitement spectateur et ne prend aucunement part à la performance en boucle du groupe. Cette agression, à peine plus longue que l’album nous confronte en fait à une facette étrange de notre personnalité : notre part de masochisme. Alors, HEALTH produit-il réellement un syndrome de Stockholm chez ses auditeurs ? Peut-être bien car en entre ouvrant la porte de leur intimité, on se surprend à éprouver un véritable attendrissement pour les quatre chevaliers de l’Apocalypse. BJ, le batteur mastoc au catogan avoue avoir vu six fois Titanic au cinéma et à chaque fois, il a fini par verser une petite larme. Jupiter a appartenu à une secte chrétienne, Jake est un ambidextre de la masturbation et John connaît des rêves récurrents dont le déroulement ferait pâlir les scénaristes des Dents de la Mer. De la joie à l’horreur, c’est un peu cela HEALTH, une certaine forme d’intensité.

Willy Wonka meets CSI.

CSI est une telle vache à lait pour ses créateurs qu’il est surprenant qu’ils n’aient pas encore développé une quatrième franchise de la série. Une ville serait à même d’accueillir le concept : Los Angeles. Imaginons ensemble le pitch du pilote en nous appuyant sur les faits réels. John nous aide à démarrer l’histoire : « Get Color was packaged with a Willy Wonka-esque kind of thing where there are Color Tickets that you can find that give you prizes. The Golden Ticket wins you a flight to Los Angeles where you hang out with us for three days ». Première scène : les quatre membres de HEALTH vont chercher l’heureux gagnant du Golden Ticket à LAX, c’est Kenny originaire de Alburquerque, Nouveau Mexique. Kenny est un féru de vitesse alors les garçons lui laissent prendre le volant pour se rendre à leur pad dans les quartiers nord-est. Sauf que Kenny maîtrise mal la conduite et le trafic californiens et heurte un panneau de signalisation. Tout le monde s’en sort à priori sain et sauf. Plusieurs heures plus tard, Kenny a bu trop de bière, mais qu’à cela ne tienne, attaque quelques traces qui attendent preneur sur la table du salon. Puis ils filent à une soirée vers Sunset. Kenny commence sérieusement à tituber, il tombe au milieu du dancefloor, le pif dans les paillettes, réussi à se traîner jusqu’aux toilettes mixtes. À la fermeture, on retrouve Kenny, mort la tête dans la cuvette. Alors est-ce un décès accidentel (hémorragie interne suite à l’accident de voiture, overdose, explosion de la vessie, obstruction des voies respiratoires par des paillettes, étouffement dû à l’ingestion de son propre vomi) ? Ou un homicide ? Tout ce que l’on sait c’est que sur la scène, on retrouvera le sang de quatre individus sur un Golden Ticket.

« The blood was just a signature, no way they’d be able to frame us ». John Famiglietti – Bass, Noise for HEALTH.

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