Krikor @ Panik, Social Club

23 novembre 2009

Krikor, trente-quatre ans, une barbe rousse, soixante-huit kilogrammes pour un mètre soixante-dix-sept a une notion tout à fait surprenante du temps. Pour un mec dont le modjo est l’urgence, il a tout de même fait poireauter ses admirateurs pendant une bonne décennie avant de leur offrir treize titres à se mettre sous la dent. Intervention très imagée dans une réalité souvent trop pragmatique.

Lord Of Destruction.

Vous voyez Shiva, le dieu de la destruction ? À la place de son chignon lisse, imaginez des boucles rousses, épaississez les traits du visage, plantez deux yeux clairs dans les orbites, virilisez le tout. Krikor est à l’underground parisien ce que Shiva est à la culture hindouiste : une arme à double tranchant. Shiva prend un nombre incalculable de formes et, selon la légende, 1008 noms. À ce stade, même s’il nous est encore possible de compter les pseudonymes de Krikor sur les doigts de la main, la multiplication des projets rattrape celle des pains : Plein Soleil, France Copland, Krikor & the Dead Hillbillies… À la sortie de son premier album Land of Truth en mai dernier, comme Shiva, Krikor détruit. Il extermine d’un revers de main toutes les expectatives de ses disciples quant à la tonalité de son disque. Non, contre toute attente, elle n’est pas house, elle n’est pas techno. Elle est rock. Froncement de sourcils. Sourire. Satisfaction. Par la destruction, Shiva crée. Krikor & the Dead Hillbillies crée(nt). Mais il(s) ne crée(nt) pas seul(s). « Les collaborations ouvrent l’esprit, même celles qui finissent mal. Ce qui rend schizophrène, c’est de rester seul face à mes machines pendant des heures. Malgré tout j’en ai besoin… » nous confie-t-il. Et pour atteindre son idéal technique, il n’a pas compté les heures.

20121221

Est-ce de l’expérience de cet exil imposé qu’est née « God will break it all », l’odyssée cold wave interprétée par Nicolas Ker, contant l’aventure d’un homme emprisonné dans son esprit ? Les confidences de Krikor confirment potentiellement cette théorie : « Je ne sais plus s’il me reste de la place pour la réalité ». Ayant moi-même une perception tout à fait personnelle de ce qui s’apparente au concret, j’ai imaginé de nombreux scénarios pour les Hillbillies. Qui sont-ils ? Pourraient-ils symboliser chacune des personnalités de Krikor  qui m’affirme que « seul le symbolisme compte à [ses] yeux et dans l’absolu le surréalisme n’est plus, nous sommes dans une époque très premier degré » ? Pourtant, il y a un destin que je n’avais pas imaginé pour eux, un scénario digne de celui que les Mayas ont envisagé pour notre fin du monde : « Ils sont morts, j’ai dû les tuer. Après être parti au Mexique et avoir rencontré un guide à Teotihuacan, j’ai su qu’il n’y aurait pas de futur pour eux, alors je les ai sauvés, ils sont alors devenus intemporels. J’ai vu des flots de sangs se déverser sur moi dans une église à Mexico City puis cette image m’est venue de manière très précise. Il m’a fallu marcher des heures pour arriver à cette clairière en traînant les corps dans la boue ».

Frustration.

Retour dans la réalité en l’An 2009, un quotidien dans lequel la frustration est omniprésente. Théoriquement, on a tous une carotte qui nous fait avancer vers un but. Bien étudier à l’école pour réussir dans la vie, sociabiliser pour ne pas être seul ou faire des extras pour s’offrir l’objet du désir. Travailler plus pour gagner plus. « Je n’aime pas l’idée de répétitions au sens « groupe pop » du terme. J’ai du mal lorsque je vois un groupe sur scène et que j’ai le sentiment qu’ils ont répété les morceaux tellement de fois qu’ils doivent leur sortir par les yeux. Je n’ai pas envie de cela. Les titres de l’album sont très écrits, les arrangements sont assez complexes, les jouer sur scène avec un groupe tel quel ne m’intéresse pas, expérimenter sur la base des morceaux, oui ». Vous aurez compris l’objet de ma frustration personnelle : il n’y aura pas de prolongation à Land of Truth. D’une certaine façon, tout cela a du sens. Jamais Shiva ne pourrait prendre la forme de Lakshmi, la déesse aux bras multiples et risquer la perfection de l’album pour l’impulsion de la scène.

« La religion est de plus en plus présente, la pop n’existe plus depuis qu’Elvis a arrêté de chanter et que Paul McCartney est mort ». Krikor Kouchian

Plus à propos de : ,

ShareThis

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading ... Loading ...

Pas de commentaire. Laissez le votre !

Laisser un commentaire