Yacht @ Point Ephémère

9 novembre 2009

Yacht et ParisRocks ont en commun ce sens aigu  de la suprématie de la forme sur le fond. Sur scène, Claire et Jona ne joue pas live, ils performent dans une démarche mystico-ironique. Que c’est rafraîchissant de se sentir enfin dans une approche de réciprocité avec un groupe !

Le Yin & Le Yang.

La performance de Yacht débute un peu comme un film en noir et blanc de Wes Anderson. Jona, incarné par Adam Goldberg, présente le projet grâce à une animation géographique projetée sur écran géant : la Terre, les Etats-Unis, l’Oregon, Portland, un quartier, une rue, une vie. Le ton est donné : Yacht sur scène sera interactif. À ses côtés, Claire, incarnée par Cécile de France contemple le public. Le Yin & le Yang est un concept chinois selon lequel les opposés sont complémentaires comme l’homme et la femme, la lumière et l’obscurité, le jour et la nuit, le Soleil et la Lune. Vous l’aurez compris, Claire est au Yin ce que Jona est au Yang. Et cette dualité, ils la cultivent dans l’ensemble de leur imagerie, le noir et le blanc s’opposent systématiquement que ce soit sur les kakemonos de propagande qui ornent leur scène, dans leur garde-robe en négatif – Jona en Monsieur Loyal angélique et Claire en petit Chaperon gothique, ou le vocabulaire – Light vs Darkness.

« Son of a Preacher Man ».

Nous l’avons vu, Yacht accorde beaucoup d’importance à la forme, aux apparences et nous les en bénissons. D’ailleurs, on leur dit souvent qu’ils ressemblent aux Eurythmics mais ça, clairement, c’est depuis que Claire a coupé et décoloré ses cheveux. Parce que dans l’approche, Yacht est beaucoup plus offensif. En se rendant à leur prestation, ceux qui s’attendent à un concert seront déçus.  Yacht est un serment. Jona donne l’office de la grand-messe à la DFA. C’est assez rare qu’un groupe s’adresse aussi directement à la salle. Il harangue son public, l’interroge, le relance, le questionne, le teste. En bon prêcheur, en scenévangéliste, Yacht transforme cette prestation minutée en un exutoire incroyable pour le public. Ils nous invitent à crier « Fuck you » à nos patrons, « Fuck you » à nos conjoints, « Fuck you » à nos enseignants et scandent de grands discours sur l’acceptation de l’obscurité. À ce moment, Ana et moi en sommes sûres, Jona s’adresse de façon subliminale au groupe que nous vous avons présenté la semaine dernière, celui qui transformait le côté obscur de la force en énergies positives.

L’Exode 2.0.

Jona et Claire sont émus, personne n’a jamais construit un bateau pour eux auparavant. Si ce bon vieux Noé avait décidé de s’exiler deux mille ans plus tard, il s’en serait payé une bonne tranche à bord de ce yacht de papier kraft. Mais en 2009, c’est Yacht qui s’y colle. « We don’t want to be running away from anything, we’re running toward something » nous affirme Jona dont la bouteille à la mer est toujours à moitié pleine. Pourtant, en creusant un peu, Yacht nous confie que si vraiment il faut fuir quelque chose, alors ce serait le conformisme, la tradition et la religion en bandes organisées. Sur leur Arche de Noé, ils emporteraient du vin blanc, des bagels new-yorkais, de la salade d’algues (tous deux sont des végétariens fondamentalistes) et quelques animaux histoire d’avoir de la compagnie mais qu’ils ne mangeraient pour des raisons évidentes. Leur objectif ? Psychic City. Une ville-enclave quelque part sur la planète Terre qui regrouperait le meilleur de toutes les autres villes du monde. Son nom serait presque infini : New-Por-Par-Lon-Ber-Sto-Co-Mil-Tok-Bej… Claire nous confie : « Jona would be the beloved leader. I would be the great beloved leader’s wife, I guess. Actually I would be the secret beloved leader, the leader behind the leader ». Pour obtenir la citoyenneté, pas de service militaire ni de mariage blanc, simplement un test d’aptitude et de loyauté. Mais attention, une fois naturalisé, pas de laisser-aller. Sinon, les traîtres mourront dans leur sommeil. On l’aura compris Psychic City est une méga-ville, un menu maxi-best of participatif, comme leur performance sur scène.

Alors que nous rencontrons Roger, un de leurs adeptes néo-zélandais, nous comprenons que leur scepticisme face à la religion est l’essence de leur image et de leur prestation scénique. Internet est-il le nouveau dogme ? C’est le questionnement que Jona et Claire, dont la science et l’étude de la religion sont des passions, soulèvent avec nous. De nos jours, la toile reprend tout le champ lexical religieux : la connexion, le groupe, les amis, la communication… La seule différence en fait, c’est que la religion revendique une finalité alors qu’internet est sans fin. À l’issue la soirée, nous n’avons qu’une envie, suivre la grande Eglise de Yacht. Sur twitter.

Plus à propos de : ,

ShareThis

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading ... Loading ...

3 Responses à “Yacht @ Point Ephémère”

  1. Anonymous dit :

    el yate rockeaaa

  2. Andréas dit :

    moi j’aime!

  3. Cyril Debarge dit :

    ca rock toujours autant par ici !
    un gros fan de Yacht !

Laisser un commentaire