Le Baron 5 @ L’International

11 avril 2009

En avril 2007, j’ai subi un tel traumatisme capillaire que j’ai attendu décembre 2008 avant de laisser qui que ce soit retoucher à ma tignasse défrisée. Je me suis dit, avec les coiffeurs en activité, ça ne fonctionne pas, ils veulent toujours couper trop radicalement afin de marquer leur territoire sur nos têtes, comme si nos petits cheveux amputés allaient crier au monde : « Regardez comme je suis frais et vigoureux depuis que je suis allé chez * Beeeep * ». Je m’en suis donc remise aux mains de mon grand-père, quatre-vingt-onze ans, styliste capillaire fort d’une carrière longue de cinquante ans. Attendez, il coupait les cheveux des résistants en 1943 ! J’ai passé les fêtes de Noël avec les cheveux attachés. Les trois mois suivants aussi d’ailleurs. Passé quatre-vingt ans, la vue, ce n’est plus ce que c’était. Mais en théorie ma coupe était pas mal. En fait c’est plutôt comme s’il m’avait fait deux coupes. Une du côté droit et une à gauche de ma raie. Bizarrement, il y a trois semaines, j’ai laissé mon ami JB, sorte de mini dictateur en matière d’accessoires masculins, me faire exactement la même chose. Preuve que s’il y a bien un domaine où l’on n’apprend pas de ses erreurs c’est dans les coupes de cheveux.

Si je vous parle de tout cela, c’est parce que lorsqu’on rencontre les trois garçons du Baron 5, on est fasciné par les divergences capillaires régnant au sein de ce groupe. N’apprend-on pas en Belgique que la cohérence d’un groupe tient d’abord à la coupe de cheveux ? À Paris, les membres d’un mouvement un peu passé à présent s’étaient tous mis d’accord sur le port de la mèche, tous sexes confondus. Et on sentait vraiment qu’ils étaient tous sur la même longueur d’onde . Bon, le problème c’est que c’était celle de la médiocrité. C’est bien d’être tous d’accord. Forcément, le Baron 5 doit donc avoir d’autres ambitions si ce n’est pas de se faire pousser la mèche en rythme. Passons en revue ces trois profils assez complémentaires.

Prénom : Bertrand

Instrument : Basse

Qualité du cheveu : Brun, épais, souple

Relation familio-capillaire : Bertrand retourne tous les deux mois dans sa ville natale où sa famille réside pour se faire couper les cheveux. Cela représente pour lui une sorte de point d’encrage inexorable mais aussi un retour aux sources.

Prénom : Julien

Instrument : Synthétiseurs

Qualité du cheveu : Châtain clair, épais, frisé

Relation familio-capillaire : Après une traversée du désert mêlée à un parcours du combattant (les coiffeurs ne comprennent pas ses cheveux), Julien a appris à devenir plus autoritaire quant à ses attentes en matière de coupe. Du coup, il n’est pas vraiment la coqueluche des coiffeurs bruxellois. Il s’en remet donc plutôt aux talents de sa maman ou ceux de sa copine pour rafraîchir sa coupe.

Prénom : Laurent

Instrument : Batterie

Qualité du cheveu : Chatain foncé, épais, raide

Relation familio-capillaire : Petit, Laurent allait chez Aldo avec son papa. Mais le salon sentait vraiment trop la laque Elsève alors il a laissé ses cheveux pousser jusqu’aux fesses parce que ça l’a un peu traumatisé. Puis, il s’est rasé le crâne sur un coup de tête parce qu’il devenait tout rigide en marchant comme si on l’avait ligoté sur un manche à balais. Maintenant il va chez Thierry. Il est complètement dépressif, il se plaint tout le temps, mais il est bien. Sinon le papa de Laurent va toujours chez Aldo.

En dehors de cette passion qui nous consume pour les discussions capillaires, presqu’un débat philosophique lorsqu’on fait le parallèle entre les coupes de cheveux et la place de la famille dans la société, les petits Belges du Baron 5 sont super forts pour vendre leur ville d’adoption : Bruxelles. Enfin, tout dépend du point de vue. Vous voyez, je suis pour ne pas laisser trop de choix aux citoyens. Et en Belgique, je serais servie. Apparemment, le vote n’y est pas un droit mais un devoir. Littéralement. L’abstention y est punie par une amende sévère et une petite fessée (psychologique). De même, le non-respect des horaires de dépôt des ordures est sanctionné. En revanche, il n’y a pas de barrière d’oblitération des billets dans le métro. « Tu peux vivre ton métro comme tu le sens » sourient-ils. Julien va même jusqu’à dire que « C’est pas mal de pas toujours laisser le choix. Comme dans les groupes de rock ». Le suffrage universel dans un groupe n’est pas la meilleure des philosophies. Selon eux, il doit y avoir un leader, pas forcément toujours le même. Sauf que si on se lance dans une répartition équitable du temps de règne pour chaque membre, cela revient à une forme de démocratie. Et la démocratie, c’est un peu avoir le choix, non ?

Justement, la France, c’est supposé être le pays de la démocratie et de la liberté totale. Tu ne votes pas, c’est ton choix. Tu sors tes poubelles dans la rue trois jours avant le ramassage des produits toxiques, on s’en fout. Il y a tout de même un paradoxe, en l’occurrence dans le sujet qui nous concerne ici, c’est la limitation du son dans les salles de concert et la réglementation des nuisances sonores. C’est fou tout de même, on peut faire ce qu’on veut mais le bruit, non ce n’est pas possible. Une conclusion s’impose : Paris, pas rock.

Sinon, ce soir Julien n’a pas mangé son couscous. Un jour aussi, il a rencontré Hélène Rolles au McDonald de Bruxelles. Elle avait les cheveux très longs et raides.

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