Kissogram @ L’Olympia

17 mars 2009

Pendant une certaine période de ma vie, je me suis passionnée pour les biographies. Les biographies des grands hérauts du rock, c’est un peu comme la télé-réalité. On lit et on se dit que sa vie est plutôt équilibrée : pas de violence domestique, d’addiction particulière, de fin sordide. Et puis vint celle de Boris Vian. Enfance idyllique. Des relations familiales et conjugales saines et épanouissantes. Seul point noir au tableau : Boris Vian est mort de son addiction, jouer de la trompette. Boris Vian n’a, à première vue, jamais dégagé de parfum de scandale. Pour cela, il s’était créé un alter ego américain, Vernon Sullivan. Alors il lui était permis de rêver de scientifiques eugénistes et d’albinos vengeurs. Pour bien faire, il aurait fallu signer Le Déserteur sous son pseudo parce qu’à l’époque, c’est vachement subversif d’encourager ses pairs au pacifisme. Et oui, les Américains ne sont pas encore dans la merde jusqu’au cou au Viêt-Nam. Et même si en France, on a la réputation de foutre le bordel (Cf. 1789) et bien en 1954, Boris, il se sent super seul lorsque le morceau est banni des ondes.

Dès notre arrivée dans les loges de l’Olympia, je comprends que faire des blagues n’est pas forcément à l’ordre du jour (message à l’attention du groupe : je ne pensais pas sérieusement voler l’écran LCD). Il faut les comprendre, depuis leur tube en 2001, Kissogram s’est un peu fait oublier. Alors ils regagnent confiance en eux lentement mais sûrement. Ouvrir pour la tournée européenne de Franz Ferdinand, je pense, les aidera dans cette voie. Et puis il y a Rubber & Meat, leur nouvel album qui sort à la même période et alors ça, c’est vraiment chouette comme timing.

Sebastian et Jonas se rencontrent quand ils ont douze. Ils commencent par jouer ensemble des reprises de Rock’n’ Roll mais vraiment Rock’n’ Roll. De Costello à Prestley, tous les Elvis y passent. Kissogram prend vraiment forme en 1999 lorsqu’ils abandonnent leurs études parce qu’ils voulaient se consacrer entièrement à une seule et même discipline. Dix ans plus tard, ils ne sont toujours pas certains d’avoir pris la bonne décision. Ce détail me semble vraiment représentatif de leur état d’esprit quand on y pense. Les garçons sont posés, timides et réfléchis. Ils choisissent chacun de leurs mots avec attention. Cette rigueur allemande que j’affectionne tant. Ils ont du mal à trouver leur place sur la scène berlinoise. Alors maintenant ils ont pris l’habitude de s’exprimer un peu comme en s’excusant d’être là. Lorsqu’ils finalisent la formation de Kissogram après deux albums et une tentative avec un bassiste et une boîte à rythmes, Joe, le Britannique un peu pince-sans-rire, les rejoint à la batterie.

Cinquante-cinq ans après Boris Vian, c’est un appel à la désertion qui va leur permettre de se refaire, c’est sûr. Kissogram prend exemple sur le groupe qu’ils supportent, ce nouvel album, ce n’est pas une machine à tuer, c’est une machine à tubes. En espérant que l’engouement traversera le Rhin très vite. Au fait, « Ra-ta-ta-ta » est le bruit que fait la mitraillette lorsqu’elle est actionnée.

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