Ratatat @ Nouveau Casino

24 novembre 2008

Selon une récente étude du docteur Andrew McIntosh de l’University of New South Wales en Australie, le headbanging présente une réelle menace pour la santé et peut conduire à des lésions cérébrales sérieuses. Le chercheur suggère même une mise en garde du public, comme pour le tabagisme ou les MST. Ce qui me mène à m’inquiéter sérieusement pour Ratatat. C’est fou tout de même. Ils ne sont pas particulièrement avenants et pourtant ils attirent la sympathie. Leur Euro Tour 08, qui contrairement à ce qu’indique son nom n’est pas un tournois de foot, débute sur les chapeaux de roues par un concours de pédale. Mike est arrivé de New York sans sa pédale de volume. Vu que Paris les attend un peu comme on attendait les américains en 1945, tout le monde se lance dans un envoi frénétique d’emails, sms, mms, pigeons voyageurs et télégrammes à l’attention de tous ses amis guitaristes. Il faut sauver Ratatat. Lorsque plus tard, je lui suggère de peut-être en racheter une pour éviter le branle-bas de combat dans les vingt-deux prochaines villes qu’ils visitent, les yeux de Mike s’écarquillent. Apparemment, c’est super cher et je suis déjà larguée.

« The study’s authors also observed the headbanging of cartoon characters Beavis and Butthead. Listening to the Ramones’ I Wanna Be Sedated, Beavis kept his « angular head velocity » within safe limits, they wrote. Butthead did not. « It is well understood, however, that cartoon characters are able to tolerate greater than normal impacts without injury, » the study drily noted. »

Extrait de « Headbanging does create risk of brain damage, says study » par Sean Michaels, publié dans l’édition en ligne du Guardian.

Il est difficile de savoir s’ils sont le reflet de leur musique ou l’inverse. Ratatat est avant tout une composition évolutive : sont-ils deux, trois, quatre, cinq ? À la question délicate concernant ces mutations, je n’écope que d’un « we’re trying something new » plutôt évasif. Se ramèneront-ils la prochaine fois avec une troupe d’acrobates pour jouer des percussions ? Le dénominateur commun à tous leurs concerts est le troisième membre fondateur de Ratatat : le VJing. Leur performance achevée, Mike vient nous chercher pour nous offrir une bière dans les loges. Je suggère que nous allions directement au Charbon mais à nouveau, je suis à côté de la plaque « Our beer is free ». Pour une fois, je pense que je vais m’en tenir à l’observation. J’ai peur de me faire mordre. Ou que notre officier de liaison avec Ratatat ait honte (il n’a pas passé le cap de la désacralisation des rockers, apparemment faire pipi et jouer de la guitare, c’est formellement incompatible). Quoi qu’il en soit, on s’observe et j’attends qu’ils viennent à moi. Une activité toutefois nous met assez rapidement d’accord, commander des verres.

« – Let’s just do something informal. I don’t do questions.

- Good, because I don’t do answers.

- …

- But I think we should do it before we trow up. »

Chaque ville a sa bande de musiciens mi-arty mi-tribaux qui se lancent dans un trip psyché messianique instrumental. Paris a Turzi et Chateau Marmont, Brooklyn a Ratatat. Comme tout duo, ils ne dérogent pas à la règle de complémentarité. Une moitié solaire qui éblouit le monde par sa présence rafraîchissante et délurée assorti d’une moitié plus réservée et réfléchie, moins facile à aborder, le lunaire, Evan en l’occurnce. Bipolarité parfaite, Ying et Yang, cheveux longs et psychédélisme, contrairement à certains de leurs petits potes de Crown Heights, ils n’ont pas eu le mauvais goût de se mettre des foulards sur la tête. Ratatat s’en tient à une sorte de Nirvana de la hype sans mine d’y toucher (forme de nonchalance pourtant habituellement très parisienne) et à ce stade, leur seule vraie préoccupation, c’est de ctrl + x, ctrl + v les yeux et bouches d’Agnetha, Björn, Benny et Anni-Frid.

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